Monogone

 Le projet sur lequel je travaille désormais le plus activement s'intitule Monogone, et je ne saurais trop en parler de crainte de ne pas avoir assez de recul ou de trop en dire sur ce que j'ai l'intention d'en faire. En résumé, il s'agit de l'accomplissement d'une idée que j'avais eue depuis l'année dernière, de former une histoire autour d'une thématique nouvelle de notre siècle, là où les sentiments les plus humains se fondent dans les technologies de la communication. Email, MSN, téléphones, visioconférences, Skype, Chatroulette...Les moyens de rester en contact avec les gens qui nous entourent n'ont jamais été si prolifiques, mais paradoxalement, bien que cela ne soit nullement étonnant en période de décadence, nous n'avons jamais été si éloignés de nos proches. Depuis peu, l'élan innovateur de ces technologies nous permet même de sortir du cadre des seuls gens que l'on connaît, et par le biais d'une caméra numérique et d'un simple navigateur internet, c'est avec n'importe quel inconnu que l'on peut communiquer.

 C'est très précisément en arrivant à ce constat que j'ai ramené sur le premier plan cette idée restée stérile jusqu'alors, et que je me suis enfin dit qu'il y avait là suffisamment de réalité pour en faire une histoire : un homme de ce monde décadent met le doigt dans un engrenage virtuel qui l'entraîne dans le charme d'une inconnue, et cet internaute anonyme parmi des dizaines de millions d'autres connectés, va revendiquer son humanité au sein d'un univers cybernétique pour retrouver l'amour dans un océan de probabilités quasiment nulles, et ce en dépit de tout ce dont il peut jouir dans l'artifice de son existence.

 Plus loin qu'une histoire d'amour et qu'une brève dénonciation de l'exhibitionnisme, je crois que ce projet s'inscrit dans la continuité de mon oeuvre que j'ai voulu construire autour d'une galerie de personnages fidèles à eux-mêmes, mais surtout il fait surgir un peu de merveilleux au milieu d'un univers hostile et inhumain, où règne une misère sentimentale extrême à laquelle la société et la technologie apportent la réponse aliénante de l'hypersociabilité ; sur la lancée de cette nouvelle philosophie de la rencontre sur Internet, l'individu devient un produit de consommation dont on peut disposer à volonté pour s'assurer que l'on n'est pas seul au monde. Le "protocole Monogone" n'est pas qu'une ligne de codes mettant anonymement des adresses IP en relation ; c'est une matrice dans le reflet de laquelle aparaissent tant de personnages différents, qu'il arrive toujours un moment à partir duquel ce n'est que soi-même que l'on reconnaît dans cette galerie d'inconnus.

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