Nos plus belles rencontres

Tous les jours depuis plus d’une dizaine d’années, j’étais passé devant cette boutique sans jamais y avoir véritablement fait attention ; à une rue de la station de métropolitain, sur la route que j’empruntais pour aller au travail, rappelant un peu l’ambiance poussiéreuse et indigne des quartiers les plus mal famés de la ville, cet endroit miteux et sensiblement étrange, n’avait pas vraiment suscité en moi un plus grand intérêt que celui que j’aurais éprouvé à l’idée de me rendre chez un antiquaire agonisant ou n’importe quel autre vieux magasin de breloques où ne se seraient trouvées que d’immondes chinoiseries ou toutes sortes d’inutiles bibelots qui n’auraient pas bougé de leurs étagères depuis des décennies. Moins que la vétusté de ce que l’on pouvait y apercevoir par la vitrine, c’était surtout le silence que j’y avais contemplé à chaque fois que j’étais passé devant, qui m’en repoussait sincèrement et me dégoûtait de ce genre de commerce de mauvais goût, car s’il ne s’y était effectivement jamais trouvé le moindre client depuis toutes ces années, je ne pouvais m’empêcher de me demander par quel miracle il était possible que ce magasin fût encore ouvert.


Ce matin-là en l’occurrence, toutes les lumières paraissaient éteintes à l’intérieur, et les volets de l’étage du bâtiment étaient également clos, si bien que tout le contenu de la boutique demeurait encore dans une désagréable obscurité où il n’était possible de reconnaître que quelques silhouettes d’étagères dont certaines se mettaient même à bouger si l’on n’y posait pas précisément le regard. Intrigué par quelque chose en particulier, j’hésitais à me mettre plus en retard que je ne l‘étais déjà à cause du métropolitain, puis finalement je me décidai à rester encore une minute ou deux devant la vitrine du magasin, dont la façade vert-de-gris aux rivets un peu rouillés, arborait en lettres dorées le nom du commerce à la façon de la belle époque, mais en fait il me semblait que je ne l’avais jamais remarqué avant ce moment : « Nos plus belles rencontres »


Contrairement à toutes les autres fois où j’étais passé par ce trottoir et où mon regard n’avait fait que survoler avec une certaine indifférence tous les objets impersonnels et sans la moindre valeur qui s’étaient trouvés de l’autre côté de la vitrine, laquelle avait fini par devenir légèrement opaque à force d‘accumuler la crasse, je venais d’apercevoir une petite toile sur le deuxième rayon de la devanture, juste entre un appareil à photographier du début du siècle précédent, et le buste d’un mannequin de femme en bois nu et sombre. Posée sur un chétif chevalet, la toile représentait le dessin d’une jeune fille qui se dressait sur un rocher face à la mer, et je me laissai absorber par sa longue chevelure aux reflets roux qui tourbillonnait avec les pans de sa robe dans le vent d’une nuée d’oiseaux marins, non sans une certaine sensualité un peu dérangeante qui découvrait la pâleur et la finesse de ses jambes. 


Aussi invraisemblable que cela me paraissait, et aussi longtemps que je restais dans le doute et dans la méditation pour me convaincre que ce n‘était pas possible, je me découvris la troublante certitude d’avoir moi-même réalisé ce dessin au détour d‘un souvenir d’enfance qui me revenait alors comme une réminiscence ; j‘en étais l‘auteur, et il m‘appartenait, mais la façon dont il avait pu se retrouver dans cette misérable boutique, était un grand mystère. Pour essayer de me l’expliquer, je me rappelais ma jeune adolescence, les congés d’été au cours desquels j’avais pris le croquis de cette jeune fille qui avait éveillé en moi le troublant premier contact avec le sentiment amoureux, la façon dont je l’avais épiée à la pointe de mon crayon pendant quelques minutes alors qu’elle était restée contempler l’océan depuis son promontoire, mais de toute façon je fus incapable de me souvenir de ce qu’il était advenu de la toile par la suite ; je supposais qu’elle avait été oubliée dans un carton ou bien dans un recoin inexploré du grenier le jour où moi et famille avions déménagé de la maison de ma jeunesse. 


Certes ces souvenirs étaient lointains et suffisamment imprécis pour que je ne fusse plus tout à fait certain de les avoir vécus exactement de cette façon, mais désormais je me rappelais parfaitement et indubitablement avoir été l’auteur de ce dessin, un crayonné pigmenté au pastel sec ; cela me faisait quelque chose au cœur d’être l’artiste inconnu d’une toile que l’on exposait désormais dans une boutique de vieilleries. Elle portait le même nom que la jeune fille : Emma. Juste derrière mon dessin, je remarquai un porte-plume dans son petit coffret aux reflets cuivrés, et dont les stries du bois trahissaient l’ancienneté. 


« Au fond de la salle de classe, un squelette d’exposition trônait depuis des temps immémoriaux, et il ne faisait aucun doute qu’il fût de plusieurs années l’aîné du doyen des élèves de l’école ; avec ses os jaunis et reliés par des ligaments en ferraille, et ses grandes orbites vides qui surmontaient un sourire inconditionnel et un peu benêt, il n’avait jamais cessé de terroriser les enfants qui s’étaient aventurés à se retourner vers lui au milieu d‘une leçon, comme s’il avait été en train d’épier le moindre de leurs faits et gestes à longueur de journée. Certains faisaient courir le bruit qu’il s’agissait d’un espion chargé de rapporter à la maîtresse tous les secrets qu’il était capable de saisir depuis son recoin, d’autres essayaient d’affirmer que c’était un ancien élève que l’on avait envoyé au coin des décennies auparavant, et qui s’y était tellement complu que finalement on l’y avait laissé pour que sa présence pût profiter à ses successeurs. En effet, le squelette des classes de sciences et vie de la terre était bien plus spectaculaire à étudier que les mappemondes imprimées en trichromie imparfaite, ou que les tables de multiplication qui encombraient ponctuellement le tableau noir.


« Après le cours de sciences, la maîtresse annonçait généralement l’heure de la dictée hebdomadaire, et c’était alors le moment où la trentaine d’élèves de la classe se disposait à écrire leur torture sur les maigres feuilles qui leur étaient distribuées, et ce dans le silence le plus cérémonial, si bien que pendant la minute qui précédait traditionnellement le début de l’exercice redouté par excellence, il n’y avait pas d’autre bruit dans la salle de classe que celui des plumiers que l’on ouvrait, et des encriers dont on faisait rouler le couvercle sur la surface des pupitres ; c’était également à ce moment-là qu’il était le plus facile de juger l’agilité qu’avaient les élèves à tremper leur porte-plume, car on remarquait alors que les enfants les plus maladroits arboraient en général une superbe collection de tâches bleues sur la chemise de leur uniforme. Pour le plus gauche de ceux-ci, un garçonnet que l’on avait fini par obliger à porter un foulard, l’ouverture de l’encrier ne posa étrangement pas le moindre problème ce jour-là, mais en revanche son porte-plume lui échappa si subitement des mains que le précieux instrument retomba sur le carrelage froid et poisseux de la salle de classe. 

« Après s’être assuré que personne ne l’avait vu ni ne le tournerait en ridicule, le jeune homme s’était discrètement penché pour le ramasser, allant même jusqu’à feindre de refaire les lacets de l’un de ses souliers, mais au lieu de trouver le corps long et dur du porte-plume, ses doigts se posèrent sur le délicat toucher d’une main à la peau frêle et infiniment tendre. Surpris par ce contact auquel il ne s’était pas attendu, il releva aussitôt les yeux vers le visage de sa voisine, qui s’était penchée avant lui pour déployer sa grande courtoisie à lui ramasser son porte-plume, et il s’étonna alors de ne jamais l’avoir regardée davantage, car la façon dont son angélique visage de petite fille lui sourit alors, resterait à jamais gravée dans son esprit, et il s’en fit même la solennelle promesse de ne plus jamais s’en séparer. »
J’abaissai mon regard vers la première rangée de la devanture où, à moitié caché par un reflet éblouissant qui se déposait sur la vitrine, un petit étui de cuir brun révélait une paire de lunettes dont chaque carreau était cerclé d’un anneau doré, mais lorsque je me penchais un peu plus sur ce curieux objet, je pus me rendre compte que le verre de droite était fendu d’une longue brisure, et que les branches en étaient légèrement tordues.

« Le gardien du musée venait de terminer sa ronde, et alors qu’il profitait de passer devant un miroir suspendu dans le hall d’entrée pour se lisser la moustache, juste à côté d’une vieille horloge à pendule dont les aiguilles se rapprochaient de plus en plus rapidement de l’heure de la fermeture, l’un de ses stagiaires entra dans la pièce et se permit de le déranger pour une situation qu’il décrivait comme relativement urgente et largement surprenante. Ne croyant à la gravité que ce jeune homme un peu naïf pouvait inclure dans ses paroles, le gardien rit aux éclats et assura que le plus grave qu’il avait jamais vu dans ce musée, n’avait consisté qu’en deux cambrioleurs qui avaient immédiatement détalé en le voyant arriver, alors il se pressa de refaire le col de sa chemise, et suivit le jeune homme qui le guida à travers les galeries. Sur le chemin, entre les tableaux et les sculptures dont l’image de certains était si populaire que des gens traversaient parfois plusieurs milliers de kilomètres pour venir la voir de leurs propres yeux, le gardien salua quelques visiteurs qui se dirigeaient vers la sortie, mais qui paraissaient avoir assisté à une scène étrange et pour le moins troublante, à en juger par la lueur un peu dérangée qui luisait encore dans leur prunelle. 

« Le stagiaire emmena le gardien jusque dans la salle de la Venus anadyomène, un tableau fort célèbre qui constituait l’une des pièces maîtresses du musée, et à laquelle était consacrée toute une salle que l’on avait peinte en un blanc éblouissant puis éclairée de façon à faire ressortir absolument toutes les nuances du tableau. En réalité la salle était restée déserte toute la journée, et les deux seules personnes qui s’étaient trouvées à l’intérieur n’avaient pas bougées depuis leur arrivée ; selon le stagiaire, ces deux jeunes hommes avaient quelque chose qui n’allait pas. En effet, tous deux se trouvaient littéralement pétrifiés devant le tableau, le souffle léger et le regard hébété, la bouche entrouverte de surprise et le visage tout à fait illuminé, ils étaient pieusement restés immobiles durant toute la journée, parfaitement imperturbables, dans la contemplation de la Venus sortant des eaux.

« Ils paraissaient fascinés par la splendeur de ce corps rosé qui s’étendait sur la crête écumeuse d’une sombre vague, et nul n’aurait su dire en les voyant comme cela si c’était le regard voluptueux de la déesse, ses sublimes hanches dont on aurait cru qu’elles s’étaient formées dans les volutes d’un nuage, ou encore la pointe rougeoyante de ses seins gonflés de vie, qui les avait stupéfaits à ce point. Depuis la courbe parfaite de ses jambes jusqu’aux arabesques que décrivait sa chevelure de châtaigne en se mêlant aux flots véhéments, la Venus parlait à une idée de la volupté et de la beauté sans désir qui se trouvait enfouie en eux, et qu’à l’évidence ils venaient de découvrir de façon trop brutale pour de si sensibles âmes. 

« Sous le regard médusé du stagiaire, le gardien du musée se baissa à leur chevet après s’être déboutonné la veste, et puis il ramassa la paire de lunettes qui avait échappé au nez de l‘un d‘eux, témoin de l’inoubliable expérience qui venait d’être vécue, et dont il faudrait à l’évidence une existence toute entière d’errance et de questionnements pour se remettre. »
Tout au fond de la devanture, juste à hauteur du comptoir où il m’était parfois arrivé d’apercevoir le propriétaire de la boutique, il y avait un petit meuble trapu qui faisait un peu plus d’un mètre de hauteur, et qui était rempli d’étagères sur lesquelles s’accumulait une quantité improbable de livres de toutes les couleurs, et rangés avec une si dense perfection que l’on s’apprêtait à voir les planches de bois céder sous la pression qui y était exercée par les dizaines de milliers de pages. 

« Depuis qu’il avait lu dans l’article d’un brillant universitaire que le lecteur d’un livre agissait comme un dieu sur le récit d’un auteur de talent, cet homme s’était découvert une passion dévorante et irrationnelle pour les livres. Il venait tout juste d’entrer dans la fleur de l’âge lorsqu’il avait ressenti cet appel de la divinité, mais avant ce jour il ne lui était jamais arrivé de lire à l’excès ; au contraire, il s’était toujours contenté de ne consommer qu’un minimum d‘ouvrages, ce qui était revenu à suivre le programme des classes par lesquelles il était passé, ainsi qu’à quelques lectures pour le plaisir sur la plage, et jusqu’alors il s’était jugé bien plus sain que les autres grands lecteurs de son entourage, lesquels étaient probablement nés avec ce don incroyable et chanceux, de pouvoir lire un gros livre entier par semaine, et de s’en rappeler ligne par ligne. Jamais de toute sa vie cet homme-là n’avait ressenti de la folie ; spontanément, il s’était juste mis au chômage et avait loué un studio à deux pas de la bibliothèque, et il avait dès lors consacré sa vie tout entière à la lecture. 

« A raison d’un repas par jour et de trois gros livres par semaine, il lui avait suffi de quelques mois pour rattraper le retard culturel qu’il avait eu sur les lecteurs compulsifs de son entourage, ceux-là qu’il avait tant jalousés par le passé, puis rapidement ce rythme ne lui avait plus suffi, aussi s’était-il empressé de raccourcir ses nuits et de s’arranger pour manger et lire en même temps. En somme, les seules fois où il voyait la lumière du jour avaient pour but d’aller renouveler son stock de nourriture, et de s’approvisionner en lecture. A ce rythme-là, une année passa de la même façon qu’une semaine, et jamais il ne s’était senti aussi accompli dans son être ; là où des profanes n’auraient rien vu d’autre qu’un homme précocement lassé de la vie et se noyant dans le flot d’une marée de papier, lui se complaisait à figurer comme dieu sur tous ces personnages et ces pensées d’auteurs qu’il mettait en vie dans chacun de ses livres, et peu lui importait qu’il ressentît ou non du plaisir dans la lecture, car la seule chose qu’il cherchait véritablement, c’était la toute-puissance de son imagination et la communion avec ce qu’avait écrit quelqu’un d’autre dans un autre temps et à un autre endroit de la planète.

« Toutefois, lorsqu’il en eut fini de tous les classiques et des auteurs incontournables de l’histoire littéraire de l’humanité, lesquels lui avait d’ailleurs paru bien fades, sa préférence se démarqua pour les romans d’amour, non pas les naïves collections de poche pleines de couleurs et de bons sentiments, mais les histoires obscures et exotiques où des gens se découvraient des liens mystiques qu’eux-mêmes ne s’expliquaient pas. Il aimait tant ces lectures qui réveillaient en lui exactement les mêmes sentiments que ceux qui étaient décrits dans les mots, qu’au lieu de jeter ces livres comme les autres dans sa salle de vie qui s’était ainsi transformée en un véritable raz-de-marée de papier, il les avait regroupés dans les étagères de ce petit meuble à côté duquel il lui arrivait de s’endormir en se disant que la beauté et la douceur d’une femme, devaient être comparables à la chaleur qu’il sentait émaner de cet être de bois plein de grandes histoires qui le faisaient voyager jusqu’aux confins de son imagination. Il en était si amoureux qu’il arriva un jour où il s’abandonna à ce que jamais auparavant il n’avait pensé faire ; il relut l’un de ces livres. Dès l’instant où il ferma pour la deuxième fois la dernière page de sa meilleure histoire d’amour, plus rien ne fut comme avant ; troublé et enchanté, incapable de se remettre à lire quoi que ce fût, l’homme désormais vieux avait essoufflé du jour au lendemain toute sa divinité, et s’était découvert incapable de donner la vie à tout ce qui était irréel, à tout ce qui se trouvait dans les pages qu’il avait lues par millions durant toutes ces années où il avait vécu dans son imagination. 

« Se sentant fin prêt à profiter de cet héritage dont aucun autre être humain ne pouvait se vanter, il était allé dans sa salle de bain, s’était entièrement rasé la barbe, avait pris soin de lui, puis il s’était habillé de sa grande veste noire avant de se coiffer de son chapeau feutré, et finalement il était sorti de son studio en laissant derrière lui le pandémonium de ce qu’avait été sa vie de dieu sur la lecture. Pour la première fois depuis des années, il était sorti de chez lui avec l’intention de rencontrer quelqu’un, en espérant que peut-être cette personne aimerait également les histoires d’amour que l’on ne pouvait lire qu’une seule fois, et pourquoi pas, qu’il en tomberait amoureux. »
La chose la plus surprenante que je découvris dans la devanture, fut une longue carabine qui faisait au moins la moitié de la vitrine dans sa longueur, il s’agissait d’un objet luisant et menaçant, et je devais m’avouer que je n’avait jamais ressenti pareille émotion face à une arme, chose dont la nature me révulsait généralement, mais je remarquais également que ce fusil était probablement resté inchangé, voire même intouché depuis une certaine époque, car il se trouvait toujours quelques tâches de boue sèche sur la crosse en bois.

« Parti très tôt un matin d‘hiver, le chasseur solitaire avait mis des heures à traverser la forêt en piétinant les feuilles mortes de l’automne qui se décomposaient dans la vase, et les reflets humides du soleil passant au travers des feuillages, déposaient sur le sol une ombre qui frémissait de la même façon que le vent agitait les tristes entrailles de la nature dépourvue de sa majesté ; avec son arme et ses chiens, son béret pour abriter son regard furtif, le chasseur était le seul maître de cet univers qui avait appris à le connaître et à le fuir, mais qui continuait à le craindre de toute son âme. Connaissant parfaitement les bocages où il pouvait se dissimuler sans peine afin de suivre patiemment le cheminement des animaux apeurés, l’implacable chasseur sentait battre dans son cœur le pouls des dizaines de chevreuils, des centaines de faisans et de lièvres qu’il avait déjà abattus entre ces arbres, mais surtout le plaisir ancestral de cette communion avec la nature ne trouvait pas son pareil dans la fierté qu’il avait de sentir contre sa poitrine le contact brutal de la crosse de son fusil lorsqu’il mettait en joue la silhouette imprudente d’un jeune lièvre qui n’avait pas ressenti sa présence. 

« Il voulut faire feu, et son doigt avait été sur le point de presser la gâchette lorsque ce lièvre s’arrêta subitement derrière un talus, comme s’il avait su que c’était précisément là qu’il pourrait rester en sécurité ; dans un geste de dépit, le chasseur frappa le sol de sa crosse, car elles étaient peu nombreuses ces fois où un gibier semblait avoir senti peser sur lui le viseur du canon, se jouant ainsi de son habileté. Après avoir passé toute la matinée à arpenter les sentiers les plus méconnus de la forêt, la chasseur s’était laissé transcender par le silence de la nature qui le charmait depuis son enfance ; il en sentait l’appel et aimait à s’y promener de la sorte pour en découvrir à chaque fois plus de secrets, et lorsqu’il lui arrivait de rentrer bredouille comme cela serait bientôt le cas, il se rappelait la place qu’il occupait dans la chaîne de vie de ce macrocosme, il redevenait un élément du tout originel et parlait le même langage que tous les animaux qu’il traquait dans un long et amoureux rituel.

« Soudain, un craquement attira son attention de l’autre côté d’une étroite pinède au pied de laquelle coulait une rivière, et comme il lui avait semblé reconnaître dans ce bruissement le pas d’un grand gibier, le chasseur prit immédiatement son fusil contre son épaule, et donna l’ordre à ses chiens de rester l’attendre là, pour descendre tranquillement et silencieusement le bocage où se révélait tout doucement la silhouette d’un très grand animal. Fasciné par l’intensité de ce moment, le chasseur arma son fusil et mit en joue sa proie qu’il ne voyait pas tout à fait, mais qui n’avait pas encore l’air de s’être doutée de sa présence, et ainsi il sut s’en rapprocher à pas de loups, si calmement qu’il put contrôler sa respiration de sorte à ce qu’en arrivant à sa hauteur, il fut stupéfait de découvrir que l’animal le regardait fixement et ne paraissait pas en éprouver la moindre peur. Les brumes de la forêt s’écartèrent dans la lumière diaphane des feuillages, et révélèrent la majestueuse carrure d’un grand cerf à la robe étincelante, avec ses bois irréels dont la complexe silhouette se mêlait aux fibres de brouillard, ses jambes agiles et élancées qui le portaient à plusieurs mètres de hauteur, et ses grands yeux noirs comme la nuit qui dévisageaient le chasseur avec curiosité, en toute confiance et harmonie. L’autre ne retrouva plus son souffle, et l’instant d’après, lorsqu’il se fut rendu compte que le cerf désirait rester là sans bouger, rien que pour le regarder, il avait baissé son arme et s’était même posé la main sur le front pour se débarrasser de son béret ; c‘était sans aucun doute la première fois que quelqu‘un lui avait adressé la parole. »
Sur un petit présentoir qui surplombait les rangées de la devanture, je vis aussi une montre à gousset dont les dorures étaient écaillées, comme si le précieux artefact n’avait plus du tout fonctionné à partir du jour où il était tombé sur le bitume, mais de toute façon il n’aurait su avoir la moindre valeur, car malgré sa grande élégance et son évidente ancienneté, ses aiguilles s’étaient bel et bien arrêtées de tourner, stoppées par malédiction plutôt que par accident, et il était bien peu probable que l’on eût pu en remonter le mécanisme un jour.

« Vingt-et-une heures venaient de sonner à l’horloge de la gare lorsqu’une jeune dame affolée et transie d’inquiétude qui portait dans ses bras fébriles un grand bouquet de fleurs très colorées, vint se présenter au chef de gare. Elle occupa de longues minutes de son temps à le supplier de lui donner des renseignements dont la nature paraissait plus importante encore que sa propre vie, et pour cause, ce n’était pas un train qu’elle attendait, mais un être aimé qui était censé revenir de la capitale où il avait été mobilisé pour aller défendre les couleurs du pays. Sous le regard sentencieux des immenses locomotives qui se reposaient à l’extérieur en bout de quai, la jeune dame resta au bord des larmes aussi longtemps qu’elle se trouva dans le bureau,  à expliquer que son amoureux avait obtenu une permission, et qu’il aurait dû revenir par le train de ce soir-là, lequel n’était en fait jamais arrivé, même au terme du délai de deux heures que l’on avait annoncé dans les haut-parleurs lorsqu’on avait appris qu’un retard avait été occasionné sur cette voie à cause d’un accident dans une autre gare. L’officier avait alors retroussé les manches de son uniforme avant de reposer son képi sur un côté de son bureau, et tout en reconduisant la jeune dame éplorée sur un banc de la bordure du quai où la foule commençait déjà à se disperser dans la joie des retrouvailles d‘un autre train qui était arrivé entre temps, il lui caressa l’épaule en lui promettant que tout se passait bien, et que le train de son ami serait bientôt en gare ; des nouvelles du trafic lui étaient parvenues et disaient qu’il y aurait encore un peu de retard, à cause du brouillard et du givre. 

« On présenta toutes les excuses du monde à la jeune dame qui resta longuement assise sur le banc de la bordure du quai, avec à côté d’elle son bouquet de fleurs qui flétrissait à vue d’œil, et ce même lorsque la nuit tomba complètement, même lorsqu’elle finit par se rendre compte qu’elle était la seule à attendre ce train dont l’immatriculation ne figurait toujours pas sur le moindre panneau d’affichage, même lorsque les lumières de la gare s’éteignirent et qu’elle se retrouva plongée dans l’obscurité de la grande voûte à rivets de fer sous laquelle l‘horloge continuait de tourner au travers de la nuit, parfaitement seule et avec l’esprit trop embrumé par l’inquiétude et les vapeurs de ses larmes, pour se demander s’il arriverait un moment où le train qu’elle attendait entrerait en gare. Les voies ferrées paraissaient abandonnées depuis des années tant elles étaient sales de charbon, le vent promenait quelques fantômes sur le bitume, mais au milieu de toute cette étrange activité la jeune dame espérait que les puissants battements de son cœur se transformeraient bientôt en ce grondement si particulier mêlé de la fumée noire d’une locomotive, et qu‘un train arriverait de l‘horizon pour soulager sa peine. Peut-être, finit-elle par se dire, que celui qu’elle attendait avait été arrêté dans une autre gare en attendant le matin pour reprendre la route.

« Alors elle s’étendit sur le banc et commença douloureusement à sommeiller, résolue à ne plus bouger de là tant qu’elle ne sentirait pas le bitume trembler à l’approche de la locomotive qui lui ramènerait l’être aimé, mais aussi longtemps qu’elle fut empêchée de dormir par les pensées qui lui venaient confusément, ses yeux restèrent posés sur la montre à gousset qu’elle avait sortie de sa poche et qu’elle regarda longuement en se rappelant le jour où son amoureux la lui avait laissée avant de partir pour la guerre ; il ne faisait aucun doute qu‘ils se retrouveraient bientôt, et qu‘elle pourrait alors lui montrer le cadran de la montre en lui disant combien de temps elle était restée à l‘espérer dans l‘angoisse. »
Le mur à la droite de la devanture était occupé par une grande mappemonde sur laquelle figuraient absolument tous les noms de régions, de mers, de montagnes et d’océans que comptait la planète, mais là où elle me parut bien plus étrange et remarquable que toutes les autres cartes du monde, c’était que l’on y avait tracé de grands itinéraires qui faisaient le tour des cinq continents, traversaient les océans en faisant parfois escale sur certaines îles, repoussaient les limites des distances qu’il était possible d’abolir par la marche, et c’était ainsi un vaste embrouillamini de directions et d’étapes parfois annotées d’une écriture que je ne parvenais à discerner au travers de la vitrine, qui décorait ce riche monde d’explorations dont le secret ne devait appartenir qu’au seul aventurier qui en avait un jour suivi les routes.

« Celui-là avait passé son enfance à demander à ses parents la raison pour laquelle personne ne l’aimait, mais à défaut de lui donner la tendresse et les assurances par lesquelles aurait répondu la plupart des autres parents du monde, les siens lui avaient simplement assuré qu’aucune plainte ne parviendrait jamais à lui apporter le bonheur qu’il recherchait, aussi s’était-il tu en observant les autres garçons de son âge jouer avec les petites filles dont il ne décrochait jamais la moindre faveur, et en se demandant, lourdement préoccupé, ce que tous ceux-là avaient de différent par rapport à lui. Il grandit en voyant tous ses amis s’éloigner de lui pour devenir les amoureux d’autres fillettes qu’il ne connaissait pas, et il persévéra dans cette étrange solitude qui l’inquiétait toutefois de moins en moins à mesure qu’il se disait que ce n’était pas faute d’avoir essayé d‘y remédier, mais surtout il s’interrogea longuement sur ce que pouvait bien être une femme, si bien qu’il entra au lycée sans même savoir ce qu’était une fille de son âge, sans jamais avoir tenu ni main ni conversation avec l’un de ces êtres énigmatiques au parfum d’éternité ; c‘était à peine si quelque voix féminine que ce fût lui était familière.

« Arrivé à la fin de ses études, lorsqu’au bout de trente fois consécutives il ne put faire la connaissance d’une femme au-delà d’un simple bonjour et de quelques convenances avant de toujours susciter cette même indifférence frustrante et humiliante pour quelqu‘un qui avait tant d‘affection à donner, ce jeune homme finit par proclamer l’anormalité de son cas, et, décidant de remédier à cette misère sentimentale qui l’affligeait bien au-delà de la fierté qu’il avait d’avoir tout réussi par ailleurs, il entreprit de faire le tour du monde dans le but de trouver l’âme sœur. Il établit ainsi quelques plans qu’il ne respecterait qu’à de bien rares occasions, car son périple était appelé à comporter davantage de détours et d’imprévus, que de lignes directrices et de projets concrets. N’ayant auparavant que rarement voyagé, il découvrit ainsi une quantité de choses nouvelles qui ne cessèrent de l’étonner parfois au point qu’il en oublia la singulière motivation de sa circumnavigation, et de la sorte il rencontra bien plus de  femmes que jamais un autre homme en avait croisé, à part peut-être quelques grands marins d’un autre siècle qui auraient eu leurs aises dans plusieurs maisons de joie au travers du monde, mais fidèle à ce qui semblait être sa malédiction, il n’intéressa jamais personne sur le moindre plan, même lorsqu’il parvenait à trouver en l’autre un point commun qui lui était cher, même lorsque l’autre n’était pas exactement une femme. 

« Il voyagea ainsi depuis les pays d’Europe dont la culture lui était si proche qu’il pensait pouvoir y trouver quelque affinité, jusqu’aux contrées d’extrême Orient dont la culture lui était si éloignée qu’il croyait y avoir une chance d’évasion par l’exotisme. Il rejoignit les Amériques où il se fondit dans la plupart des populations, mais où bien des femmes le tournèrent en ridicule là où les plus charmantes avaient pitié de lui, il essaya de sympathiser avec les plus belles comme avec les laiderons, mais toutes celles-là le méprisèrent sans jamais le moindre signe d’intérêt, et même lorsque la liste des endroits où il s’était installé partout sur le globe s’agrandit de façon vertigineuse, ce n’était toujours que l’ennui et le désenchantement qu’il rencontrait ; le genre féminin avait définitivement et rien que pour lui quelque chose d’inaccessible et d’universel, mais de fort mystérieux et envoûtant. Au fur et à mesure de ces centaines de rencontres qui le menèrent des maisons closes patagonnes aux maisons de thé japonaises, des bureaux d’affaire new-yorkais aux fermes mongoles, des authentiques couvents britanniques aux tribus d’orateurs africains, voire des sociétés d’oligarques canadiens aux ghettos indiens, sa timidité s’éroda sérieusement, et rapidement il n’eut plus la moindre peine à s’adresser aux femmes et parfois même à essayer de dire ce qu’elles auraient aimé entendre, mais invariablement c’était un regard noir qui le repoussait, une fausse excuse qui l’éloignait, ou simplement un non qui lui retirait égoïstement ses espoirs, non pas d’une relation amoureuse stable ou aventureuse, ni même d’une amitié balbutiante, mais juste d’une affinité qui lui aurait permis de partager cette fascinante présence du genre féminin, une clef de sens à obtenir pour assumer son caractère d‘être humain.

« Finalement il avait replié la carte du monde sur laquelle il avait noté toutes les directions de son périple qu’il avait fini par abandonner au bout de trois ou quatre années de désillusions et bien plus de questions qu‘au jour de son départ, et après l’avoir rangée dans ses valises, il avait repris la direction de l’aéroport pour rentrer chez lui. A ce moment-là il se répétait que sans hésitation il aurait été prêt à recommencer sa vie depuis le zéro si ce sacrifice lui avait permis de comprendre une bonne fois pour toutes ce qui n’allait pas correctement en lui. L’automobile du taxi le laissa au pied de l’immeuble de sa vie d‘avant, et une fois qu’il eut empoigné ses valises, l’homme malheureux et solitaire remonta l’escalier dont il était triste de se souvenir par cœur, et lorsqu’il fut sur le pas de la porte de chez lui avec entre les doigts la clef qu’il s’apprêtait à introduire dans la serrure, son attention fut interpellée par des bruits de pas qui montaient à leur tour les escaliers. A peine réhabitué aux coutumes et à la langue de son propre pays, il dut répondre à la voix timide d’une triste jeune femme qui le salua en passant, avec dans les bras quelques fleurs fanées. Ce n’était qu’une nouvelle voisine de palier, et qui lui souriait. »

Je regardai l’heure, réalisant subitement que j’étais désormais si en retard qu’une heure en plus ou en moins n’aurait rien enlevé ou rajouté à ma faute, alors je resserrai le nœud de ma cravate et réajustai ma veste sur mes épaules, et j’étais déjà sur le point de repartir lorsque je fus à nouveau interrompu dans mon élan par la vision d’un homme qui était en train de s’approcher de l’entrée de la boutique ; démesurément grand, étrangement vêtu d‘une gabardine verte et d‘une chemise violette, le crâne rasé et luisant, il s’agissait du propriétaire que je reconnaissais immédiatement, mais comme il ne m’était encore jamais arrivé de le rencontrer en dehors de son commerce, ce ne fut qu’à ce moment que je me rendis compte qu’il portait également des lunettes noires et qu’il se déplaçait à l’aide d’une canne blanche. Il avait aussi sous le bras qui ne lui servait pas à se repérer dans le vaste monde invisible, une grosse boîte pleine d’objets bruissant les uns contre les autres. Comme il venait de s’arrêter à quelques mètres de moi en me saluant, je pus jeter un discret regard à l’intérieur de son carton, et tout en lui répondant, je découvris ainsi qu’il transportait entre autres inédites merveilles, quelques miroirs à moitié opaques, des gants de boxe déchirés, un peigne plein de cheveux gris, une modeste collections de vinyles décolorés, une vieille machine à coudre, un dictionnaire de sanskrit, et même le manche désaccordé d’une guitare. 

Profitant de son énigmatique présence et de mon retard désormais si certain que je n’aurais pu l’excuser d‘aucune façon, je lui demandai s’il avait quelques instants à m’accorder. Alors, après avoir reposé le carton sur le seuil de sa boutique, l’aveugle parut me chercher de l’ouïe et des yeux, et lorsqu’il crut être en face de moi, il s’exclama qu’il était bien entendu à ma disposition si je souhaitais obtenir un renseignement à propos de ce qui se trouvait dans son magasin ; surpris de sa cordialité, je lui parlai immédiatement de la petite toile qui se trouvait derrière la vitrine, et qui représentait la jeune fille sur le rocher, mais il était déjà trop tard lorsque je réalisai la bêtise que je venais de commettre, de parler d‘une image à un aveugle. Ce dernier parut cependant enchanté de me répondre, et comme il m’invitait à remonter le trottoir afin de nous retrouver tous les deux en face de la vitrine, il me montra approximativement le rayon où se trouvait mon dessin, et il me raconta fièrement la façon dont une de ses nièces le lui avait rapporté quelques jours auparavant, après qu’elle l’eut trouvé, par hasard, dans une vieille malle de la maison où elle avait emménagé la semaine précédente :

« C’était l’un de ces après-midi d’été où le soleil donnait l’impression qu’il faisait très chaud sur la plage, alors Emma avait simplement mis cette robe très légère et très lâche qui découvrait ses jambes un peu trop maigres pour son jeune âge, et elle était montée sur le rocher pour voir comme le vent poussait les vagues vers la côte tout en soulevant ses longs cheveux. Comme elle était restée là un long moment, inspirée par les dizaines d’oiseaux de mer qui essayaient de regagner le large, un jeune homme avait eu le temps de venir s’asseoir sur la plage au pied du rocher, et il s’était alors attelé à son bloc de dessins ; avec son crayon, il avait commencé à reproduire la vénusté de cette Emma qu’il imaginait de face, à moitié découverte par le vent de la mer, mais toujours aussi ravissante dans la façon dont ses vêtements dansaient follement tout autour d‘elle. Bien sûr il exalta la pose sur ce qu’il était en train de dessiner, et les mouettes devinrent de grands albatros qui déchaînaient le ciel autour de la belle adolescente, mais ses talents étaient bien là, et à mesure que son dessin immortalisait la beauté de cet instant qu’il avait simplement trouvé original et esthétique au début, c’était désormais un certain trouble qui gagnait son cœur ; cette jeune fille devenait unique dans ses sentiments lorsqu‘il essayait d‘en imaginer la mystérieuse figure. 

« Emma avait fini par se retourner, elle lui avait révélé son visage à la peau blanche, mignonnement tacheté de roux, et ses grandsyeux verts qui saisissaient tout du monde en une seule lueur d’intelligence, mais elle ne souriait que craintivement, ne parlant que très peu et gardant ses fines mains dans son dos pour empêcher le vent de trop soulever sa robe. D’abord un peu gêné d’avoir été surpris dans son activité dont il avait pensé garder pour lui la magie de l’instant depuis le début jusqu’à la fin, le jeune homme fut rapidement enchanté d’avoir fait la rencontre de cette douce personne envers laquelle il éprouvait une affection toute particulière et bien étrange pour lui qui n’avait pas réellement l’habitude de partager des choses si intimes ; ce fut bien volontiers qu’il lui montra le dessin qu’il venait de réaliser, et même si celui-ci n’était pas complet, un peu fantaisiste et pas encore colorié, il parut beaucoup plaire à Emma, aussi ne tarda-t-elle pas à explorer les émotions qui se trouvaient au-delà de la légère timidité qui paraissait encore inhiber son regard, et elle lui demanda s’ils pourraient se retrouver un autre jour pour faire de nouveaux dessins. 

« Le jeune artiste avait souri en trouvant cette idée tout à fait séduisante. »


Je remerciai l’aveugle de m’avoir raconté toutes ces belles anecdotes à propos de sa vitrine, et cette histoire qui venait de me rappeler le jour où j’avais rencontré Emma, mais curieusement, je ne cherchai pas à en savoir davantage ; la suite du conte, je la connaissais, et par ailleurs je savais que les artistes étaient comme lui, ils ne comprenaient rien à la réalité du monde, mais ils savaient parfaitement quelle était la poésie qui en émanait lorsque, par hasard, il leur arrivait d’en récupérer une relique.

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