Nephilim

 

Il était sur cette petite étagère deux livres dont une interne de longue date ne saisissait pas le sens de la présence ; le premier était un dictionnaire médical qui impliquait à lui tout seul deux aberrations dont elle ne s

était toujours pas remise. Le fait quil était compréhensible par le commun des mortels aurait été dune trivialité que nul naurait eu besoin de noter sil sétait trouvé dans une bibliothèque universitaire ou dans un centre de documentation, or cétait précisément dans lune des salles communes de lhôpital que cette personne lavait trouvé. Cela était à son sens dautant plus grave que mille autres patients pouvaient, à son instar, ouvrir ce livre inopportunément rencontré dans le creux dune rémission, puis trouver entre ses pages les vérités quavaient omis de leur soumettre leurs médecins au sujet de la raison de leur hospitalisation, de telle sorte que ce dictionnaire était le potentiel vecteur de deux des plus grands maux dont pouvait être atteinte une personne souffrante ; lhypocondrie et la paranoïa. Cétait de cette façon que l’interne assise en face du docteur Isaac, avait mis à jour le véritable sens de la « rémission » que ses médecins lui avaient présentée comme une grande victoire représentative de la formidable évolution du traitement contre sa maladie ; dans ce dictionnaire, la rémission navait jamais eu pour synonyme les termes « amélioration » ou « rétablissement prochain », comme ce que lui avait sincèrement laissé espérer l’enthousiasme manifeste quoique désabusé de ses médecins, au moment où ils sétaient servis de ce mot pour lui parler delle, en réalité le traître miroir déformant dune réalité quil nétait pas question d

exhiber à un malade consacrant les dernières énergies que ne dévorait pas sa souffrance, à l‘érection d‘un fébrile rempart contre les mauvaises nouvelles qui pouvaient à tout moment venir l’ébranler de l‘intérieur, la vérité quant à l’immuabilité et au désespoir de l’état qui était le sien, comme le fardeau constitutif et irremplaçable de toute une existence.

 

Le deuxième livre incompréhensible était une bible. Depuis qu

elle avait découvert ce petit ouvrage à la couverture de cuir, l’interne nétait toujours pas parvenue à élucider la raison pour laquelle un tel livre avait pu se perdre dans la salle commune dun hôpital ; cela pouvait aussi bien être la seule lecture saine que les arcanes du personnel hospitalier avaient eue à déposer dans cette minuscule bibliothèque, comme loccasion pour les internes ponctuels de tirer quelque bénéfice culturel de leur séjour à lhôpital, dont lennui aurait alors eu le remarquable prestige davoir été sagement comblé, mais également une opportunité qui navait aucune apparence innocente, de permettre aux malades nayant plus dautres possibilité que le miracle pour survivre à leur mal, daccéder à la garantie divine que leur souffrance naurait pas été vaine. Cette interne savait en effet quelle était la détresse dans laquelle se retranchaient les malades en phase terminale, et que nombre d

entre eux, y compris les plus grands pêcheurs, auraient trouvé là un salut tout à fait à leur convenance.

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