Le grand Oeuvre

Au milieu du bureau sur lequel le pandémonium s’était élevé avec la négligence d’un fou qui aurait parcouru l’univers, et ce depuis si longtemps que désormais ce fatras désorganisé paraissait avoir été parcimonieusement établi par l’inspiration d’un peintre en quête de nature morte, il se trouvait un intrigant objet qui n’avait pas manqué une seule fois d’attirer l’attention de tous ceux qui avaient eu l’occasion de passer par cette pièce étroite et mal éclairée, mais auquel personne n‘avait jamais véritablement porté attention. Il s’agissait d’un petit récipient à demi sphérique et un peu plus gros que le poing, et sous la chape de verre qui le constituait, on pouvait voir la réplique miniaturisée à l’extrême d’un victorieux navire de guerre à trois mâts que l‘on avait immergée dans une eau limpide et aussi transparente que l‘air. Des rumeurs que l’on avait fait circuler sur le compte de cette énigmatique babiole disaient que lorsqu’on la manipulait, notamment en la retournant d’endroit à l’envers, une pluie de fins copeaux blancs et étincelants en remplissait l’eau et retombait sur la miniature, reproduisant l’illusion d’une tempête de neige. 


Partout autour, c’était un innommable chaos de mappemondes couvertes d’annotations rayées et réécrites dans tous les sens, des bougies qui avaient cessé de se consumer et que l’on avait remplacées par d’autres au lieu de les jeter, des verres à pied encore un peu rosés qui avaient roulé sur les papiers entremêlés et cousus par les toiles d’araignées, des étuis à plume et des encriers qui s’étaient renversés avant de retourner sous de nouvelles épaisseurs de cahiers remplis de calculs savants et de symboles ésotériques, mais que d’autres monceaux de paperasse jaunie avec des nouveaux motifs venaient continuellement réactualiser, et même quelques daguerréotypes dont le motif s’était tristement effacé derrière les reflets cuivrés du support ; si le cabinet souterrain du professeur Cheshire était dans un état si mystérieusement incohérent pour un homme de son rang, c’était pour la seule raison que celui-ci ne l’avait pratiquement jamais quitté de son vivant, sinon pour les commodités, et s’était de tous temps farouchement opposé à ce que quiconque y fît du rangement à sa place. Sûrement n’avait-il pas été homme à laisser quelqu’un d’autre que lui-même se plonger dans des notes qu’il était de toute façon seul au monde à pouvoir déchiffrer, mais de façon plus certaine il y avait réellement passé tellement de temps que tout le monde autour de lui était bien en peine de se rappeler la dernière fois qu’on l’avait vu dormir.


Désormais que Cheshire ne faisait plus partie de ce monde, ses confrères avaient pu accéder à son bureau et découvrir le secret de ses archives, dont l’essentiel serait de toute façon appelé à demeurer éternellement occulte pour le commun des mortels, mais en réalité ils n’en apprirent rien qui ne fût étranger à ce qu’ils avaient toujours su depuis qu’ils avaient travaillé avec le grand maître ; ils trouvèrent tous les plans de la machine qu’ils avaient construite et perfectionnée, ils mirent à jour les déclinaisons de formules qui avaient été savamment mises au point par leurs propres soins, ils exhumèrent toute la lourde documentation dont s’était servi le vieil alchimiste afin d’exécuter les immenses rouages de son imagination, si bien qu‘il n‘y avait qu‘au sein de cette dernière que demeurait la dernière part d‘ombre de leurs travaux. Ils virent aussi les correspondances qu’il avait entretenues pendant des années, les contrats qu’il avait passés auprès de discrets entrepreneurs, les faux qu’il avait établis à ses fins délurées, les machinations qu’il avait mises en place, et même certaines listes noires de sbires dont il s’était servi pour infléchir le destin en sa faveur, mais lorsque fut posée la question de savoir ce qui allait être fait de tous ces trésors, on décida à l‘unanimité de laisser cet endroit en l‘état. Il se trouvait en effet que le grand projet dont Cheshire avait été l’instigateur, le concepteur et le maître d’œuvre, venait d’entrer dans sa dernière phase, et la machinerie en avait même été jugée opérationnelle, le même jour que celui où la commission avait annoncé son décès ; déranger son bureau, un lieu désormais sacré, profaner ce mémorial de facto, ç’aurait été un blasphème si par ailleurs tout pouvait fonctionner, et si le sort avait décidé que Cheshire ne verrait jamais de son vivant l‘accomplissement de son oeuvre.


Dans les jours qui avaient suivi la disparition de Cheshire, on avait vu se succéder au travers des couloirs entourant les appartements souterrains de celui-ci, tous les pontes occultes qui avaient été réunis depuis le début de l’aventure, et ces hommes à catogan, portant tous la redingote à basques noires et le tricorne d’apparat, mais aussi le soulier sans guêtre et le col sans foulard afin de ne pas s’asphyxier dans l’étouffante chaleur souterraine, s’étaient échangés toutes les obligeances et les courtoisies qu‘il était convenable de présenter dans les condoléances de société, s’inclinant tous sur la mémoire de ce grand homme. Il était effectivement rare que ces scientifiques, ces linguistes, ces mathématiciens, ces chimistes du noir, ces physiciens, ces poètes, ces docteurs, ces ingénieurs, ces prêtres, ces littérateurs, ces historiens, ces experts, ces ingénieurs, ces magistrats, ces taxinomistes, ces mystiques et ces érudits qui refaisaient chacun le monde à leur image, sortissent tous ensemble de l’ombre au travers de laquelle ils ne communiquaient ordinairement que par courriers échangés sous le sceau de la plus stricte confidentialité. Pareille à un cortège funéraire présentant des condoléances face à un cercueil que personne ne pourrait ramener au pays, une noble partie de l’assemblée de ces surprenants confrères s’était ainsi réunie dans le cabinet et avait tenté de réorganiser ce qui paraissait encore pouvoir être sauvegardé ; tapoter sur un paquet de feuilles pour les aligner les unes sur les autres, redresser un globe terrestre sur le haut de l’armoire, recoller les morceaux d’un crâne qui était allé se briser contre le sol, ou encore remettre à l’heure son horloge à pendule que personne ne parvint à faire fonctionner, furent autant de tentatives de faire de sa mort le prétexte à un peu de rangement, mais force était de se rendre à l’évidence que Cheshire, à l’instar de tous les génies, ne s’était complu que dans la quête du chaos le plus parfait, comme si depuis le début il s‘était appliqué à reproduire à son échelle les mécanismes universels dont ses sciences recherchaient la précision. En outre, la solitude qu’il avait entretenue tout au long de sa vie avait rendu sa famille parfaitement inconnue, introuvable, voire même inexistante. Peut-être aussi avait-il été l’un des hommes les plus riches et les plus émérites de l’aristocratie britannique, une cinquantaine d’années auparavant, à l’époque de sa gloire et de sa grandeur, où il avait possédé les immenses gisements de fer qui avaient fait sa fortune, mais sûrement n’était-il désormais plus qu’un être fantomatique et évanescent que l’on avait déjà laissé pour mort parmi les cercles des prospères entrepreneurs, depuis qu’il s’était retiré de la modernité pour ne plus vivre qu’éloigné de tous sur ses terres de mélancolie. C’était là qu’au grand prix de l’oubli et de la solitude il avait dilapidé sa colossale fortune dans la réalisation de son grand projet. 


Oswald et Gustave n’étaient pas les plus proches collaborateurs de Cheshire, mais parmi tous les amis que celui-ci avait fait sortir de l’ombre d’une coterie à laquelle il avait eu accès pour mener à bien ses desseins, ces deux-là étaient certainement ceux que la mort du grand maître avait le plus affligés, aussi ne restait-il plus qu’eux à l’intérieur du cabinet lorsque les autres eurent fini de déblayer la plus grande partie du désordre, et qu’ils eurent retrouvé les plans d’origine des galeries dans lesquelles avaient été construites les monumentales installations. Dessinées par Cheshire lui-même à l’époque où ses propres mines avaient arrêté d’extraire du fer et où il s’était affairé à planifier la reconversion du site d’excavation, ces cartes des souterrains paraissaient extrêmement complexes en comparaison de celles qui avaient ensuite été définitivement établies par les discrètes commissions, mais elles avaient ceci de particulier que leur tracé, lancé à main levé à l’aide d’un crayon dont la trace du charbon avait fini par s’effacer à moitié par endroits, relatait l’existence d’endroits incertains, des galeries dont l’accès avait été condamné mais dont le tunnel devait toujours être intact quelque part sous terre, ou bien des ramifications dont les renforcements avaient cédé en bouchant l’accès à d’autres salles encore plus profondes, autant de passages secrets qu’il aurait été intéressant de connaître si, à l’avenir, le site avait pu servir de base à autre chose que les travaux monumentaux qu’avait entrepris Cheshire, et si l’on avait eu besoin de l’étendre encore davantage ; déblayer l‘entrée d‘une galerie, en drainer une autre inondée par la nappe phréatique, ou même creuser l‘extension d‘un tunnel pour faire la jonction entre deux grottes, ne constituait pas un problème pour cette coterie dont la  richesse était difficilement estimable.


Personne ne s’était rendu compte du silence étonnamment pesant qui surplombait l’oppressante obscurité dans cette partie de la mine où l’on se trouvait moins en profondeur que dans les autres sections, et un peu en retrait des salles principales où grondait toujours une tumultueuse activité que l’on pouvait aussi ressentir dans son propre corps en écoutant la façon dont les parois des galeries tremblaient sous la pression d’un pas qui s’attardait dans une coursive, ou bien d’une main qui se posait contre un mur ; depuis quelques années, même sur la surface du sol à l’extérieur il était possible d’entendre gronder les entrailles de la terre sans discontinuer. Gustave avait fait le tour de l’étroit bureau de Cheshire en regardant attentivement ce que les autres avaient laissé sur les grandes étagères vitrées à la transparence un peu usée, et après avoir saisi la boule de verre qui contenait la réplique du navire de guerre, il la retourna avec curiosité, mais la reposa sur le coin de la table sans avoir vu la neige miniature retomber à travers l’eau. Il n’avait pas non plus réalisé qu’Oswald était également resté derrière lui, aussi fut-il surpris d’en apercevoir le reflet se former sur la grande baie vitrée qui ouvrait le cabinet sur le puit principal de l’excavation ; le grand homme d‘apparence rustre et peu entretenue, dit alors avec une voix rendue exagérément gutturale par un certain accent bavarois, que les êtres humains avaient ceci de différent avec les animaux, qu’il n’y avait qu’à la mort que l’on se rendait véritablement compte de qui avait été un individu. Selon lui, ceux qui mouraient étaient effectivement de deux types ; il existait d’une part celui qui avait consacré sa vie à ses prochains et que tout le monde croyait si bien connaître qu’il ne laissait de lui que désenchantements et vaines interrogations lorsque ses vérités se révélaient au moment du trépas, et d’autre part celui qui n’avait vécu que pour une cause dont il avait passionnément cherché l‘accomplissement, non pas dans le monde, mais en soi, et lorsque c‘était à son tour de partir, l’œuvre inconnue et insoupçonnée qu’il laissait à tous ceux qui n’avaient pas eu le temps de le connaître, constituait l’émouvant présent de toute une existence dont on garderait forcément plus qu’un hommage. Lorsqu’il se retourna vers le bureau de Cheshire sur lequel était en fait revenu un semblant d’ordre, Gustave trouva un daguerréotype de l’aristocrate déchu, dont la réalisation datait probablement de la période où sa vie avait été la  plus faste, car le costume qu’il avait fièrement arboré sur la pose, aurait été digne d’un ambassadeur des Indes, avec un veston dont la broderie était excessivement riche, une barbe finement taillée dans le poil souple et brillant de son âge d’or, un monocle reflétant juste ce qu’il fallait de sagesse et d’ingénuité pour briller aussi bien en entreprise qu’en créativité, mais surtout avec à côté de lui, assise dans un fauteuil de velours cramoisi, une femme d’un raffinement et d’une bonté sans pareil dans tout l’empire, plus élégamment vêtue que ce que l’on aurait jamais pu voir, et extrêmement troublante dans la façon dont ses yeux semblaient avoir su dévisager quiconque à travers les énigmatiques profondeurs de l’avenir, comme si elle avait toujours précisément su qui se serait un jour retrouvé en face de son image. 


« -C’est drôle comme sa fille ressemble à sa mère, répondit Gustave en posant la main sur la vitre du puit derrière laquelle une chaîne s‘était mise en branle avec un grand bruit métallique au travers du vide, c‘étaient sans aucun doute les deux seules personnes au monde à savoir quelque chose de lui.  

-Regardez ce que les autres n’ont pas trouvé, rajouta Oswald en exhumant une feuille de papier dont les caractères d’imprimerie avaient été à moitié absorbés par les couches de papier supérieures, je crois que Cheshire ne cherchait pas qu‘à faire nature, il devait déjà se douter depuis le début de ce à quoi il allait aboutir. »


Quelques instants plus tard, Gustave, porté par la curiosité que lui inspirait la découverte de son confrère, était sur le point de se pencher vers le bureau pour ramasser le document en question et l’inspecter de plus près, mais à ce moment la main d’Oswald s’abattit dessus et l’empêcha sévèrement de s’en saisir, car de l’autre côté de la baie vitrée, la plate-forme d’un monte-charge était apparue et mit plusieurs secondes à passer complètement de bas en haut avec à son bord un homme qui était en train de les observer. Tandis qu’il se laissait assourdir par le fracas de l’ascenseur mû par les machineries à vapeur que l’on avait installées plus haut, Gustave put sonder le regard à la fois extrêmement dur et mystérieusement complice d’Oswald, et comprendre ainsi que ce dernier n’avait pas l’intention de partager ce qu’il savait avec un trop grand nombre de personnes. Une fois que le grondement des chaînes s’entrechoquant sur un rythme irrégulier entre les parois du puit se fut éloigné, pour ne plus être que ce lugubre mugissement que l’on pouvait entendre résonner partout ailleurs dans les galeries, Gustave ramena le document vers lui et, avant même d’en avoir lu les premiers signes, y reconnut les caractères de la machine à écrire de Cheshire, dont il avait déjà eu l’honneur de faire suivre quelques télégraphes. 


Bien qu’il s’agît d’un message confidentiel et que très peu de gens eussent jamais dû le tenir entre leurs mains, le document portait toutes les marques et les distinctions caractéristiques du plus officiel communiqué qui eût émané du grand maître, et ces quelques lignes s’en trouvaient auréolées d’une gravité d’autant plus impressionnante qu’il semblait désormais qu’un terrible secret vînt d’être percé, et que son retentissement resterait confiné autant à l’asphyxiante immensité de ces souterrains remplis d‘échos, qu’au cœur de ces deux hommes enfermés dans une parcelle inattendue de l’esprit de Cheshire. Gustave lut presque à haute voix : 
« Je, soussigné Sire Henri Prima de Paracelse et de Cheshire, déclare solennellement mon désir et ma volonté de léguer à ma seule fille Mercurie, la réalisation et l’authentique pouvoir de l’œuvre de ma vie, ainsi que son aboutissement, car je ne serai plus là pour me surprendre de sa beauté et de ses talents lorsque le génie de mon entreprise sera parvenu à son terme. En l’absence de feue sa digne et respectée mère, je déclare que Mercurie sera la première à pénétrer dans la machine. »


Gustave s’arrêta de respirer, et après avoir reposé la feuille de papier jauni sur le coin du bureau, il inspecta l’air étrangement perplexe qui était apparu sur le visage d’Oswald, et dans le doute, il lui demanda même de confirmer que le bon fonctionnement de la machine avait bien été homologué la semaine précédente.


« -Oui, répondit Oswald en anticipant la question que comptait lui poser son confrère, ce n’est pas un inconnu qui a été placé dans l’âme de la machine comme cela avait été convenu par la commission, mais la fille de Cheshire.  

-Et que diable se passera-t-il si quelque chose ne se passe pas comme prévu, si les calculs de Cheshire comportaient une erreur ?   

-Dieu seul le sait, assura Oswald en posant la main sur l’épaule de Gustave, tout ce qui est certain, c’est que je me retirerai de ces cabales une fois ce travail terminé. » 

Une fois qu’il se retrouva seul dans le bureau de Cheshire, Gustave soutint les grandes orbites noires du crâne auquel il manquait encore quelques dents, mais qui le défiait de façon certaine au travers des âges, puis il observa le globe dont l’archaïque silhouette des continents, sinistre et inexacte, lui donnait mal au cœur, mais surtout la chaleur et le grondement de l’air lui faisaient désormais si bien tourner la tête qu’il avait l’impression de se trouver à bord d’un navire qui aurait dangereusement tangué, aussi dut-il se pencher vers la baie vitrée pour plonger son regard dans l’abîme qui s’ouvrait de l’autre côté de la glace, afin de ne pas tomber malade. Ce puit n’avait nullement changé depuis la première fois que l’on y avait foré le sol pour descendre chercher du fer, mais les tranchées souterraines de la mine avaient en revanche été grandement élargies de façon à y faire cheminer les pièces des mécanismes qui avait été si grandes depuis leur conception, qu’il ne s’était pas présenté d’autre solution que de les assembler sur place, dans d’immenses salles que les ouvriers de la région avaient mis des années à creuser à grands coups de dynamite et en asséchant des nappes phréatiques ; en tout, quatre salles avaient été creusées, disposées à une ou deux centaines de mètres de profondeur sur un axe est-ouest, mais seules trois d’entre elles étaient utilement occupées. Dans la première avaient été installées les plus puissantes machines à vapeur dont les plans fussent connus dans le monde, il s’agissait de centaines de turbines qui fonctionnaient dans un vacarme pareil à celui de l’enfer, et de deux fois plus d’immenses pistons actionnés par une chaudière qu’il n’était pas difficile de porter à ébullition avec une chaleur pareille, et dont l’eau était directement acheminée depuis l’océan, par le biais de canaux que l’on avait spécialement tracés à la surface ; ces titanesques pièces de machine que l’on était parvenu à passer sous terre par une sorte de miracle, paraissaient avoir été forgées par le diable lui-même tant le rougeoiement du métal en était intense, et tant il était insupportable de rester trop à proximité du bruit et de la chaleur qui en émanaient continuellement. La deuxième salle était occupée par un réseau secondaire de pistons entraînés par le même principe que dans la première, mais leur disposition plus rationnelle en rangées successives, donnait à ces allées de fer régulièrement éclairées par des flambeaux - lesquels consommaient d’ailleurs tout l’oxygène qu’il était difficile de renouveler par les seuls puits donnant sur la surface - l’apparence d’orgues infernales qui ne crachaient jamais d’autre musique que cette épaisse fumée compacte et agglutinée jusque dans le plafond de certains boyaux où l’on avait alors l’impression de cheminer sous un ciel aussi menaçant que de nature. 

La troisième salle était la plus importante, la plus fourmillante aussi, la plus complexe et la plus charmante, car c’était toujours sur les abords de celle-ci que l’on voyait le plus de monde s’arrêter au détour d’une passerelle pour simplement contempler le cœur d’une formidable machinerie dont chaque engrenage portait la signature de Cheshire, mais dont nul ne savait véritablement si elle était l‘œuvre d‘un génie éclairé par des millénaires de sciences et de constructions humaines, ou bien le gage d‘une apocalypse mécanique dont quelque démon ou bien la folie elle-même, aurait intimé le secret au grand maître ; il s’agissait d’un colossal ensemble de rouages foisonnants qui n’avait ni commencement ni terme ; des axes qui se croisaient dans tous les sens et dans toutes les dimensions, maintenus en l‘air par des colonnes, des voûtes et des traverses défiant toutes les lois de la physique, et dont certains disaient que le secret architecte en était le jeune Eiffel en personne ; des courroies grinçant dans des panaches de fumée que brassaient les allées et les venues de contrepoids qui se renvoyaient de l’énergie à intervalles régulières ; des mécanismes qui passaient automatiquement d’un pignon à l’autre avec de grands claquements retentissant partout dans les souterrains avant d’enfouir les axes de sortie dans des conduits qui perçaient la terre, dans la direction des salles inférieures ; des roues dentées par milliers qui pesaient parfois plusieurs tonnes mais qui se transmettaient infiniment le même mouvement, et ce dans une grâce et une perfection qu’il paraissait invraisemblable d’avoir atteintes à une échelle aussi grande, et lorsque les yeux ne pouvaient plus suivre l’inlassable spectacle de cette machine de géant, c’était sur les suaves ombres s’écoulant lentement le long des constructions et des irrégularités de la roche, ainsi que sur le paisible et puissant ronronnement de cet être mécanique mais probablement vivant, qu’il fallait s’attarder pour embrasser l’entière poésie souterraine et ténébreuse de cet endroit qui n’appartenait pas tout à fait à la réalité.

En effet, la quatrième salle, aussi immense et déserte fût-elle, ne servait que d’antichambre pour accéder aux escaliers qui descendaient encore d’une cinquantaine de mètres dans les entrailles de la terre et menaient à un nouvel étage souterrain, jusque dans les plus lointaines profondeurs qu’avaient atteintes les mines de Cheshire, et dans lesquelles avaient été établies les installations les plus sensibles, telles que des laboratoires de chimie, des sas d’observation, mais surtout cet endroit si particulier que le grand maître avait désigné comme l’âme de la machine. C’était là que se terminait l’excavation, dans une chambre que les confrères de Cheshire avaient faite hermétique, à base d’un alliage que beaucoup tenaient encore pour secret de par le monde, et autour de laquelle avaient été savamment installés cinq réceptacles en forme d’anneaux pour accumuler l’énergie hautement centripète qui était générée par les mécanismes de la salle aux engrenages ; pour plusieurs raisons, il était impossible d‘y avoir accès, la première étant que ces cinq cellules avaient été si lourdement scellées qu’il était désormais impossible d’en trouver l‘ouverture, car la colossale énergie qui y était délivrée et concentrée par la force des immenses rouages, s’avérait bien dangereuse pour un être humain qui aurait tenté de la violer, la deuxième étant que seuls les membres de la commission la plus restreinte, dont Cheshire lui-même, en possédaient le protocole d’accès, mais la principale étant simplement que personne en dehors de Cheshire ne savait précisément ce qu’abritaient les cellules, ni la façon dont celles-ci étaient censées interagir avec la chambre centrale. Les notes du grand maître prévoyaient en fait que l’énergie magnétique des anneaux mis en mouvement par la machine, réveillât le processus de transmutation au sein des cinq matières premières qui étaient disposées dans chacune des cellules, de sorte à induire un courant dont la propriété aurait été, selon les calculs dont le développement avait occupé l’existence toute entière d’un seul être humain, de faire entrer en conflit l’énergie du vide avec la matière en suspension.

Le cœur de l’expérience consistait ainsi à recréer ce mystérieux courant originel partout dans la chambre centrale, qui était maintenue dans un vide constant et parfait au moyen de pompes rigoureusement perfectionnées, alors qu’au centre de cet espace se trouvait un sarcophage de plomb, conçu pour accueillir le corps d’un être humain. En forme de cloche, la chambre était enduite d’une couleur pâle et éblouissante sur laquelle avaient été gravées des lignes entières de symboles se rapprochant parfois de sinistres hiéroglyphes, et dont seuls les alchimistes d’un rang comparable à celui de Cheshire connaissaient le secret et le sens. Toutefois, pour quiconque s’était intéressé de près ou de loin à la signification de ces ornements, on devinait qu’ils étaient ceux de l’ars magna, et qu’ils décrivaient les étapes d’une transmutation spirituelle. Régulièrement disposés autour du sarcophage, cinq autels se dressaient sur un piédestal de style classique, chacun étant relié à la cellule qui lui correspondait par un complexe réseau de nervures cuivrées qui traçaient sur le sol de larges motifs circulaires et entrelacés dans les reflets colorés que jetaient régulièrement cinq prismes ; ceux-ci ornaient le sommet de chacun des autels, et ils étaient le fruit d’une longue orfèvrerie d’extrême précision, car c’était par leurs arrêtes et leurs faces dont l’orientation avait été calculée sans la moindre marge d’erreur, que le courant phénoménalement puissant que l’on se préparait à y induire, devrait surgir pour chercher son chemin à travers tous les miroirs qui se suspendaient dans le vide.

Les longues études de Cheshire, ainsi que son assidue fréquentation des cercles d’érudits les plus proches de ce que le genre humain savait de la vérité, lui avaient effectivement enseigné que si la matière dont était constitué le monde ne consistait qu’en un spectre de vibrations, le vide était quant à lui une lumière si intense qu’elle en devenait un reflet, et qu’en outre, s’il était possible de créer une résonance parfaite entre les deux, on devait également pouvoir en moduler les fréquences de façon à en modifier la nature et changer ainsi l‘échelle d‘une partie de la réalité pour la faire voyager vers l‘infiniment petit. L’homme, avait répété Cheshire de son vivant, n’avait toujours aspiré qu’à l’infiniment grand, et pour cause, en croyant vivre dans le microcosme, c’était le malaise de ne vivre que dans un macrocosme, et d‘être impuissant face à ce principe, qu’il avait cherché à résoudre tout au long de son existence. Selon lui, l’infinitésimal, comme il le disait souvent avec amusement, n’était en réalité qu’une réplique de ce macrocosme que l’homme regardait désespérément en sachant très bien que jamais il ne pourrait le conquérir entièrement. Plus qu’une réplique, il voulait même croire que l’infiniment petit et l’infiniment grand ne formaient qu’une seule et même entité qu’il était possible de saisir à la fois dans le grain de poussière que l’on déposait sur la pointe de son doigt, et à la fois dans l’infinité du cosmos que l’on avait peine à contempler sans émotion au-delà de la voie lactée. Là où ses idées se troublaient au point qu’il s’était convaincu de mettre ses hypothèses à l’épreuve des sciences les plus enclines à répondre à ses interrogations, c’était le moment où on lui demandait si l’univers se répétait autant de fois qu’il existait d’atomes dans lesquels on pouvait l’imaginer, ou bien s’il s’agissait au contraire d’un polype de la réalité dont on retrouvait une variation dans chaque atome que comptait le monde.
Au centre de l‘âme de la machine, le sarcophage trônait inexplicablement ; avec ses parois en plomb d’une dizaine de centimètres d’épaisseur et la petite vitre qui ouvrait une incertaine lueur bleue à hauteur du visage de la personne qui se trouvait enfermée à l’intérieur, il avait les grands airs d’un fantôme massif et immobile, tapi entre les ombres que jetaient des rivets de fer en travers de la baie vitrée, derrière la lumière tremblotante de fébriles ampoules à incandescence. Depuis le petit hall en face de la chambre, le grondement qu’émettaient les cellules où se concentrait déjà l‘énergie du mécanisme, dans la chair de la terre, donnait l‘impression d‘une menaçante voix qui se serait élevée depuis les ténèbres. Entre la chambre et Gustave, la paroi de verre était bien plus épaisse qu’il n’y paraissait, plus résistante qu’un mur, mais moins rassurante encore qu’une porte entrouverte sur la fin du monde, car le sarcophage qu’il observait désormais de l’autre côté, ne lui avait jamais paru plus inquiétant que depuis qu’il connaissait l’identité de celle qui se trouvait à l’intérieur. En effet, pour la première fois depuis qu’il avait secondé Cheshire dans son ingénierie, Gustave ne rêvait plus seulement de ce qui se révèlerait dans le portail que l’on s’apprêtait à ouvrir sur l’intimité de la matière ; il ne pouvait désormais plus s’empêcher de se demander ce qu’il adviendrait de la personne que l’on enverrait dans l’univers d’un atome, si elle serait encore consciente pour s’éveiller aux merveilles qu’elle était sur le point de découvrir, de quelle façon elle reviendrait un jour, si elle reviendrait un jour. 

« -C’est drôle, commenta O’Malley en se rapprochant de la paroi vitrée contre laquelle s’écrasait l’écho de ses paroles, elle ressemble à son père comme cela, on dirait qu’elle n’a jamais eu autant confiance en elle.   

-C’est drôle, renchérit Gustave après s’être rapproché de cet ami auquel il avait sagement fait part de la découverte d‘Oswald, ce n’est que maintenant que je me demande si nous avons bien fait.   

-Comment cela, interrogea sarcastiquement O’Malley sans détacher son regard de la lointaine vitre du sarcophage à l’intérieur duquel il imaginait le corps nu et pâle de Mercurie, bientôt le monde entier s’inclinera devant notre œuvre.   

-Le fait est que nous n’avons aucune idée de là où nous allons, justifia Gustave en défaisant un nouveau bouton de sa chemise qui révéla un peu plus son torse couvert de sueur, peut-être que nous sommes en train de forcer les portes de la maison de Dieu.  

-Dans ce cas Charlotte sera la première à rejoindre son père, répondit O’Malley avec un pragmatisme qui dérangeait Gustave, au fond, est-ce que ce n’est pas cela que souhaitait Cheshire en lui donnant sa place dans cette chambre ? »


Mercurie était le nom dont s’était toujours servi Cheshire pour parler de sa propre fille, mais personne n’avait jamais précisément su si c’était à cause de la précoce obsession du grand maître pour le mercure. Si O’Malley avait connaissance du véritable nom de l‘adolescente, c’était parce que derrière sa tenue de docteur et ses airs intimidés par la grandeur des sciences qu‘il maîtrisait, il se trouvait une brillante enfance qu’il avait passée dans l’aristocratie britannique, non loin de la famille de Cheshire avec laquelle il avait entretenu de prestigieuses relations. Pendant que ses parents avaient longuement négocié aux côtés de Cheshire en personne à l’époque où le fer avait été le nerf de l’économie, O’Malley s’était entiché de Charlotte et avait passé les longues années de sa jeunesse à espérer la moindre occasion d’en saisir les sentiments. Nécessairement, lorsque leurs familles respectives s’étaient retirées du commerce du fer, la séparation des deux jeunes gens avait encore alourdi la tragédie de cette grande époque faite d’exodes, de machineries et de machinations. Par la suite, seules les obscures ramifications du destin ainsi que les chaotiques surprises du hasard, avaient pu expliquer la façon dont O’Malley en était arrivé à fréquenter les cercles obscurs d’une société plusieurs fois centenaire qui avait plongé ses origines directement dans les ordres d‘anciens alchimistes et de maçons jetés aux oubliettes par les inquisitions et les courants de pensée qu‘un certain siècle de lumière avait rendus limpides. En effet, une cinquantaine d’années auparavant, de discrètes affaires d’États, de cabales ministérielles en dépoussiérages institutionnels, avaient officiellement fini par dissoudre ces assemblées aux agissements et aux motifs trop ténébreux pour recevoir quelque appui politique que ce fût, mais ses membres avaient toutefois continué à s’échanger leurs manuscrits hérités des collections d’un savoir ancestral et inviolable depuis la nuit des temps, et ce dans la promesse sacrée de ne jamais en diffuser la vérité aux profanes, trop dangereuse pour le fragile ordre du monde. C’était parmi tous ces fantômes en uniforme noir qu’O’Malley avait à nouveau entendu parler de Cheshire, aussi n’avait-il pas hésité longtemps à s’impliquer lorsque s’était présentée l’opportunité de travailler avec celui-ci sur une grande œuvre de physique qui prévoyait la construction d’une immense machine souterraine, dont la technologie permettrait de pénétrer l’intimité de la matière, et d’en comparer la structure avec ce que l’on savait de la composition et des dynamiques de l’univers. En réalité O’Malley n’en avait eu que faire des atomes et des étoiles lorsqu’il était retourné sur les terres de Cheshire ; ce n’était que Charlotte qu’il avait désiré retrouver.


Plus personne ne fut autorisé à se trouver dans les étages inférieurs le jour où les ingénieurs mirent la main sur les algorithmes que Cheshire avait mis au point dans ses travaux les plus confidentiels, et qui décrivaient le protocole de lancement du grand oeuvre ; pendant quelques heures on vit O’Malley et ses confrères s’activer à tirer des leviers dans les salles annexes à l’âme de la machine, faisant des centaines de relevés dans la terre que les piliers de bois soutenaient de plus en plus difficilement, reportant sur leurs cahiers de bord les inscriptions énigmatiques que Cheshire avait laissées partout dans cette zone du souterrain, puis ils investirent les laboratoires dans lesquels on n’avait jamais senti la fragrance d’autant de substances couler en même temps. Fort des voyages qu’il avait entrepris aux quatre coins de l’ancien monde pour réunir les éléments les plus rares du grand œuvre, ainsi que les talents et les savoirs qui lui avaient permis de rejoindre les cercles de l’obscurité, le jeune alchimiste O’Malley avait été chargé par la commission de réaliser l’alkahest, cette sève inspirée du fluide qui s’échangeait entre les astres et dans l’ordre du monde, et dont Cheshire avait dicté la composition pour en faire le comburant final de sa machine. Cependant, de toutes les matières premières qu’avait ramenées O’Malley, on ne tira pas davantage qu’une quantité d’alkahest bien plus faible que celle qu’avait fantasmée le grand maître, aussi les ingénieurs estimèrent-ils que le portail ne s’ouvrirait jamais que pour une minute tout au plus ; il s‘agissait d‘un fluide aussi noir que de l‘essence, et qui réduisait à néant la matière d’absolument tous les corps vils que l‘on y plongeait.

Les couloirs de la machine avaient été désertés, et plus personne ne se trouvait dans le petit hall qui faisait face à la vitre de la chambre, lequel devait désormais être irradié d’une lumière si intense qu’aucun organisme n’aurait pu y survivre, lorsque l’on commanda subitement l’ouverture des cinq cellules, et que l’énergie qui y avait été amassée par la phénoménale puissance de la machinerie, puis condensée par les mystérieux anneaux dont les tours par seconde se comptaient théoriquement en milliers à ce moment, s’écoula dans les conducteurs dont le cuivre rougissait avec une intensité qui buvait alors les couleurs et les ombres de Charlotte ; lentement, son corps tout entier disparaissait dans le grondement d‘une lueur surgie de la plus profonde intimité de la matière. Les radiations amplifiées par les cinq prismes étincelant tous de mille feux, embrasèrent l’alkahest qui avait été répandue dans la chambre et flottait désormais en l’air par l’action du vide et de l’intensité énergétique, et il s’en dégageait une puissante odeur sexuelle qui investit les entrailles de la terre pour remonter vers le sol au travers des galeries et des couloirs de la machinerie parcourues d‘un véritable séisme qui poussait à son paroxysme la résistance des pièces d‘engrenage. C’était au sein de ces mystiques émanations que Charlotte semblait se dissoudre dans l’univers, car bientôt son essence retournerait au point de l’âme de la machine, mais ce qui se passerait alors, aucune prédiction des alchimistes ne l’avait véritablement établi. Tous espéraient simplement pouvoir rétablir ensuite le contact avec la jeune femme.

Gustave et O’Malley venaient tous deux de sortir de terre et étaient désormais en train d’errer au travers de la campagne dont la plus petite parcelle subissait encore les intenses secousses de la machinerie ; il faudrait attendre encore plusieurs heures pour que l’effort du mécanisme s’achevât et que les galeries fussent à nouveau praticables, et pour que l’on pût descendre constater les résultats du grand œuvre, une fois que la machine se serait entièrement reposée et que le calme le plus complet serait revenu dans la terre. Au cœur de la nuit, ces campagnes sans nom était pareilles à un archipel de forêts et de chaos rocheux lorsqu’elles se laissaient ensevelir sous les épaisses nuées de brouillard qui se déversaient sur les vallées et dévalaient la pente des montagnes à la façon d’une horde de fantômes, et dans le grondement des lointaines vagues qui se brisaient contre les falaises à quelques kilomètres de là, ce lieu paraissait profondément irréel pour deux hommes venant de corrompre les lois de la nature. Pourtant Gustave paraissait profondément pensif lorsqu’il déambulait entre les herbes dont les sentiers le menèrent jusque sur le site des baraquements des anciens mineurs, désormais tombé à l’abandon et livré à la bonne volonté de quelque ermite, et comme la plupart de ses confrères, c’était le sentiment du devoir accompli qui lui gonflait le cœur, en attendant le jour où la grande œuvre de Cheshire serait dévoilée au monde entier. L’âme de la terre dont il sentait l’oscillation sous ses pieds, lui intimait profondément que cela ne serait jamais qu’une question de temps, car la voie de la vérité avait été trouvée, et parce qu‘il n‘y avait plus qu‘à attendre que le monde fût prêt à l‘entendre. 

Ce fut O’Malley qui décida de s’arrêter quelque part une fois que leur promenade les eut menés jusqu’à l’orée d’une sombre forêt où ne paraissait plus continuer le moindre chemin, et alors ils purent s’asseoir côte à côte sur un rocher où ils regardèrent le ciel qui s’était libéré des brumes de la nuit à mesure qu’ils s’étaient éloignés de l’excavation ; à cet endroit du monde ils se trouvaient si éloignés de la civilisation et des grandes villes, que le firmament leur révélait une pureté qu’aucun d’eux n’avait jamais soupçonnée, car d’un seul regard vers le haut ils se retrouvaient plongés au cœur des astres et des constellations dont ils pouvaient sentir l’obscur souffle du mouvement sur leur visage, mais surtout la grande voie lactée était presque devenue transparente dans les reflets bleutés qui l’accompagnaient depuis l’éternité. O’Malley sentit quelque chose dans son cœur :

« -C’est drôle, j’ai l’impression qu’elle nous observe.   -Qui cela ?  

-Charlotte, elle est là-haut.  

-Tu veux dire, qu’elle a rejoint Cheshire ?  

-Non, elle doit être dans cet autre monde où notre univers tout entier n’est qu’un atome à l’échelle d’autres êtres. Cheshire avait sûrement raison, nous devons vivre dans une boule.Et là-haut, il y a des gens qui nous regardent à travers un microscope. Ils se demandent qui nous sommes, si nous savons qui nous sommes... »

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