Gare d'arrivée, gare de départ

 

Dans le soir qui s’éternisait, la foule avait fini par s’éparpiller à mesure que le ciel s’était rempli de vermeil au-delà de la longue coupole métallique qui protégeait au sein de son ombre les voyageurs égarés cherchant leur destination avant que la nuit ne les leur reprenne. D’un air inquiet, tous cherchaient la direction dans laquelle fuirait le train qu’ils prendrait, car peu importait désormais l’endroit où ils allaient ; ils avaient commencé à ne plus se plaire dans cette gare depuis que les reflets de la voûte de verre à rivets de fer avait cessé de les éclairer, et que l’obscurité était tombée sur le bitume chargé de l’odeur des pluies d’été, et de la rouille des rails. Au loin, les deux yeux à la lueur diffuse d’un train en approche, pourfendait la brume de chaleur qui avait confondu la clarté de l’horizon dans le sourd bourdonnement des caténaires, et le grondement qui s’élevait de la locomotive à quai dépêchait les voyageurs restant sur le quai de se détourner de cette hypnose pour échapper à la nuit dans laquelle les auraient plongé les aiguilles de la gigantesque horloge lunaire qui restait là pour veiller la gare. Le crissement des pas sur le bitume et les murmures inquiets des égarés attendant une dernière fois leur rendez-vous remplissaient la gare de la sinistre rumeur des soirs sans lendemain. A côté du train, le chef de gare donnait à ses officiers les dernières instructions de la journée par téléphone, tandis que sur l’autre quai, le chariot transportait les bagages qui ne feraient pas partie de ce voyage dont le départ allait désormais être donné d’une minute à l’autre, sous le regard indifférent d’un homme qui était resté assis sous l’horloge toute la journée durant, lisant un journal dont les pages bruissaient élégamment dans l’air frais. Tout au bout du quai, un homme anxieux s’était arrêté et avait levé les yeux vers le tableau des destinations, et il réalisait qu’il s’était perdu quelque part dans son voyage, que ce n’était passa gare ; c’était là que s’arrêtait son destin.

Au milieu de cette étrange foule

Deux amants restèrent pour un baiser

Le temps s’était arrêté.

Leur étreinte s’éternisa un instant

Puis le train repartirait sans eux

Et celui qui resterait, mourrait.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site