Les Faucheurs 7-9

Marine se réveilla glacée de terreur et de froid. La rosée avait été déposée par la nuit sur ses vêtements humides qui n’étaient plus qu’une éponge recouvrant pitoyablement son corps grelottant et trempé jusqu’aux os. La pauvre souffrant atrocement de son crâne se replia sur elle-même et bientôt, elle se retrouva dans la position du fœtus au pied d’une souche morte qui constituait son seul abri contre l’insaisissable crachin qui parasitait l’air et changeait la terre souple des sous-bois en une immonde coulée de boue charriant les déchets de la forêt. Plongée au milieu de ce silencieux torrent, la jeune fille se rappelait lentement la façon dont elle était arrivée au milieu de cette pente. Le jour s’était levé et un matin rose teinté de gris recouvrait tristement la forêt en révélant les sinistres silhouettes qu’elle avait laissées transparaître durant l’interminable nuit.

Elle avait espéré qu’Iseult l’aurait trouvée avant le réveil, mais comme il n’en avait été rien, Marine devina qu’il était réellement arrivé quelque chose de terrible à son amie et que dorénavant elle serait absolument seule. En s’asseyant contre la souche qui avait violemment amorti sa chute, la jeune fille découvrit les nombreux points de son corps qui lui faisaient mal puis en se tenant le bras où était apparue une grande ecchymose, elle essaya de se concentrer pour trouver une solution qui lui permettrait de s’évader de la diabolique forêt avant que ses forces déclinantes ne l’en retiennent prisonnière à tout jamais. Sa lèvre inférieure se mit à trembler convulsivement lorsqu’elle sentit une énorme goutte de pluie ruisseler le long de la raie de ses cheveux puis sur son front ; elle se trouvait complètement démunie et ne savait plus que faire face aux évènements. Elle aurait préféré être prise par les soldats et fondit en larmes, répondant à l‘appel implorant des sanglots qui résonnaient déjà en elle.

Elle tomba bientôt dans un long repos durant lequel elle ne sentit même plus le froid glacial du crachin sur sa peau scintillante et lorsqu’elle se réveilla, le soleil qui s’était déjà hissé dans le ciel et dont les rayons transparaissaient au travers de l’épais voile de nuages, semblait avoir asséché les larmes qui s’étaient écoulées sur ses joues. Marine se releva alors en regardant une de ses jambes trembler fébrilement puis entreprit de regagner la route d’où elle avait dérapée. A mesure qu’elle se hissait sur la pente en se cramponnant aux troncs qui émergeaient de la boue, la silhouette du vieillard lui revint à l‘esprit. Une lueur de haine s’alluma au fond de son regard ; elle avait dorénavant autant l’envie de rattraper l’inconnu que le désir de retrouver Iseult. La rage brouillait ses yeux et elle ne voyait plus très bien vers où elle se dirigeait lorsqu’une horrible main surgit de derrière son épaule et l’agrippa. Surprise par la soudaineté de ce qu’il se passait, la jeune fille se laissa happer en arrière, mais elle tomba une nouvelle fois dans le vide et dérapa rapidement sur la boue.

Marine tomba brutalement sur le sol et se mit de nouveau à glisser vers le bas sans pouvoir arrêter sa chute en s’agrippant quelque part. Elle planta désespérément ses doigts dans la terre frappée par la pluie mais elle ne put s’arrêter qu’en se cramponnant en ultime recours au tronc d’un bouleau dont l’écorce escarpée frappa violemment le creux de ses mains déjà endolories d’avoir essayé de freiner la glissade incontrôlable. Si la souffrance la pétrifiait au point de ne plus se sentir qu’aussi rigide et immobile que les fantômes à la silhouette étirée qui l’entouraient, Marine voyait le monde tourner autour d’elle, la vaste cime était une spirale synthétisant les couleurs grises du matin et le bruissement malade d’une forêt trempée à peine émergée d’une nuit de cauchemars. La jeune fille se redressa et posa sa main sur sa tête, comme pour lui offrir un coussin où s’appuyer pour que cesse son errance dans le tournoiement des sens.

Soudain, alors que la pluie redoublait de puissance et que son intense frémissement frappa les feuilles luisantes de la nature, le vent apporta devant Marine une vision d’horreur. Il se tenait à quelques mètres derrière elle, bravement appuyée sur le bâton tordu qui faisait office de manche à sa faux. Sur ses vêtements noirs en lambeaux suintait lentement l’eau qui formait autour de sa gigantesque et terrifiante silhouette un bouclier transparent. Son visage grisâtre et maigre la fixait avec de grands yeux globuleux. Seul entre deux arbres perpendiculaires à la forte pente que n’avait pas fini de dévaler la jeune fille, le vieillard se laissait embrasser par le vent qui portait dans l’air les rubans de tissu rouges qui lui servaient de ceinture et la longue chevelure grise dont la calvitie était dissimulée par son grand chapeau aux bords rongés par les rats.

Un filet d’air froid semblait entrer et sortir par les narines de son horrible nez cassé. En se rendant compte que cette chose était vivante et qu’elle avait posé son regard vide sur elle, la haine de Marine se transforma en une insoutenable frayeur. Entre ses dents serrées et ses yeux pleins de défis troublés par la pluie, elle fit résonner ces mots : "Je n’ai pas peur de la mort.", persuadée qu’elle préférait mourir plutôt que de subir le même sort que son amie. D’un œil fuyant, elle regarda alors en amont de la pente et vit le bord de la chaussée derrière les barreaux que dressaient les fins troncs de tous les arbres juchant les sous-bois. Même si elle y parvenait avant le vieillard, elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle pourrait faire pour lui échapper. Les forces lui manquaient cruellement et elle ne pouvait dorénavant plus rien faire d’autre que de déployer ses émotions dans ses grands yeux bruns. Mais le paysan restait debout et terriblement froid face à l’implorant spectacle de la torture. Seul le vent le faisait frémir.

"Qu’est-ce que vous allez me faire ?" Demanda soudainement Marine d’une petite voix exténuée qui traversa le bruissement du déluge. Toute tremblante, une goutte d’eau ruisselant le long du bras émacié du vieillard tomba dans le vide après être restée pendre au bout de son majeur qui pointait le sol dans lequel s’enfonçaient ses bottes. Désespérément accrochée à l’arbre qui l’empêchait de glisser dans la vase, Marine suppliait une réponse, un signe quelconque d’humanité de la part du paysan. Soudain, celui-ci leva très lentement le bras qui pendait le long de son corps et lorsque celui-ci fut dressé devant lui, ses lèvres violettes s’entrouvrirent et dans le strident gémissement de la pluie, la jeune fille entendit : "Va…"

Marine n’attendit pas de se faire davantage prier et se retira précipitamment. Elle remonta la pente à grandes enjambées, fermant les yeux pour ne pas recevoir les coups de fouet que lui assénaient les branches au travers desquelles sa course passait. La seule fois où elle vit quelque chose de sa course effrénée, ce fut pour regarder derrière elle le grand vieillard qui la surveillait des tréfonds du sous-bois. En essayant de prendre aussi souvent que possible appui sur des pierres qui jonchaient le sol, Marine parvint à se hisser jusqu’à la chaussée sans tomber dans le tapis de vase et d’aiguilles. Lorsqu’elle fut enfin de retour sur la route violemment battue par la fracassante pluie, la jeune fille se précipita de l’autre côté de la piste bitumée et se réfugia derrière l’épais tronc d’un chêne dont la cime la protégeait momentanément de la pluie. Elle plongea alors son visage dans ses mains ramollies par la pluie et toutes tremblantes puis se mit à sangloter profondément.

Alors qu’elle était à l’agonie de son désespoir et que son âme s’était essorée de toutes ses larmes, la jeune fille entendit très distinctement le bruit d’un puissant moteur se rapprocher d’elle. Ses yeux se rouvrirent d’espoir et en apercevant du coin de l’œil une camionnette passer sur la route de l’autre côté des arbres, Marine se précipita sur le talus en espérant que le conducteur la verrait. Une fois de plus, elle arriva sur la route trop tard car lorsqu’elle arriva sur la chaussée, elle sentit la désagréable odeur qui s’échappait bruyamment du pot d’échappement du véhicule et si le chauffeur avait pu la voir, c’était par son rétroviseur. Dans ce dernier espoir, la jeune fille fit de grands gestes au milieu de la route, sautant sur place mais ne trouvant pas la force de crier pour attirer son attention. La camionnette ne ralentit pas et disparut dans le prochain virage en pétaradant, la croix gammée se trouvait peut-être sur son flanc, Marine n’y avait pas fait attention. En plus d’avoir une nouvelle fois raté une chance qui ne se réitérerait pas de si tôt et d‘être au comble de son désarroi, l’adolescente avait désormais très faim et se demandait de quelle façon elle allait pouvoir subsister.

Après avoir parcouru une centaine de mètres et être arrivée à la fin du virage, Marine songeait déjà à s’effondrer dans l’herbe que nappait tendrement la bruine. Devant elle s’étendait une interminable ligne droite s’enfonçant au travers de la forêt, une ligne droite dont elle ne voyait ni le bout ni le but. Traînée par des forces qu’il lui était pénible de trouver, la jeune fille se mit à marcher malgré son exténuation, malgré sa jambe boiteuse et les douleurs qui lui tordaient le corps de toutes parts. Alors qu’elle marchait en gémissant parfois de peine, il lui sembla entendre derrière le dense rideau de la forêt le bruissement d’une cascade. Elle s’arrêta alors et observa le cœur de la forêt en se rapprochant du bord de la chaussée. En contre-bas, dans les tréfonds de la pente dans laquelle elle avait précédemment été happée, là où elle craignait de voir apparaître de nouveau la terrifiante silhouette du vieillard ondulait un brouillard grisâtre qui nappait tout ce qui y était plongé.

Le frémissement qu’elle entendait était le spectacle aquatique de l’infinité de gouttelettes poussées par la bruine contre chacune des feuilles de l’obscur sous-bois. Derrière le poétique chant de la forêt, il lui sembla entendre de petits chuchotements articulés. Soudainement surprise par ce qu’elle pensait être des voix, Marine releva subitement le regard et observa attentivement le plus petit recoin de la merveilleuse forêt. Cela ne ressemblait au chant d’aucun oiseau qu’elle connaissait ni au grincement d’un arbre, mais il s’agissait de mystérieux sons articulés. Se méfiant cependant d’une nouvelle apparition du vieillard qui la poursuivait, la jeune fille chercha longuement la source du chuchotement et à chaque fois qu’il lui semblait identifier une silhouette sur le fond gris de la forêt, le murmure se taisait et l’illusion disparaissait. Intriguée par la magique qui semblait la lier à l’instant, Marine essayait de se rapprocher du susurrement qui paraissait lui être adressé mais qui fuyait perpétuellement. Son émerveillement et sa crainte étaient si grands qu’elle avait oublié la dramatique disparition de son amie.

Des bruits de pas frémirent bientôt dans les hautes herbes alentours et tandis que le voile de bruine se levait progressivement, la couleur grise du ciel s‘écoula comme de la peinture à l‘eau et une étrange lueur rosâtre que Marine n‘avait jamais vue auparavant brilla derrière les nuages. Le feuillage des arbres au-dessus de la route était plus dense, une étrange magie semblait propulser le vent dans les branches qui frémissaient en faisant ondoyer la lumière du soleil. Marine en voyant la nature prendre une si singulière beauté prit un air étonné et se dis qu’il y avait du bon à se perdre en forêt, mais elle s’arrêta soudainement, interloquée par quelque chose. Elle venait d’entendre un son boisé qui n’avait rien de naturel, et cela lui avait paru si réel qu’il lui semblait impossible que ce fût le fruit de son imagination. Elle tendit son attention au souffle qui transportait les songes de la forêt et écouta soigneusement. Ce fut alors qu’elle entendit une intrigante musique siffler depuis les tréfonds des sous-bois. L’instrument n’était pas le souffle du vent dans l’écorce d’un arbre, mais bien celui de quelque humain dans un instrument ; elle en était certaine à entendre les notes s’articuler les unes sur les autres et la musique était si intelligible.

La jeune fille marcha alors une centaine de mètres le long de la chaussée, et son espoir se faisait flamboyant car à mesure qu’elle progressait sur les abords du vallon que contournait la route, la musique semblait se faire plus proche. Marine, émue jusqu’aux larmes à l’idée de retrouver quelqu’un se figura aussitôt un groupe de promeneurs ayant amené une flûte pour se divertir, et à qui elle pourrait demander de l’aide. L’espoir lui inculqua l’énergie dont elle avait besoin pour marcher jusqu’au plus proche de la musique, mais lorsqu’elle arriva à une bifurcation, elle se rendit compte que l’entraînante mélodie qui s’estompait par moments ne pouvait venir du bas-côté de la chaussée. Pour trouver le musicien, il lui faudrait suivre son ouïe et s’immiscer de nouveau dans les obscurs bas-fonds de la forêt. Un pied dans le fossé qui drainait toutes les eaux sédimenteuses, Marine mit ses mains en porte-voix et appela : "Est-ce qu’il y a quelqu’un ?"

Ce ne fut que lorsque l’écho de sa voix fut absorbé par la flore que la jeune fille craint d’attirer l’attention du vieillard, la seule personne qui paraissait avoir le tempérament à errer dans la forêt. La flûte se tût cependant et de lointains bruits de pas résonnèrent dans l’herbe. Malgré l’absence de réponse, Marine entreprit de s’aventurer sous l’inextricable voûte de ronciers et de lianes. Elle laissa échapper quelques gémissements de douleur en cognant son genou endolori aux rochers qui délimitaient une sorte d’ancien passage. Elle n’eut plus de place pour le doute d’avoir suivi une bonne piste lorsqu’elle entendit une voix venir de derrière les buissons tortueux. Elle s’arrêta alors brutalement de bouger et écouta dans le silence la très gracieuse voix enchanteresse :

" -Du bruit ? Il me semble que vous avez l’oreille trop penchée sur votre instrument pour prendre quelque garde que ce soit à ce qui se passe alentour…Allons, entendez-vous quelque chose maintenant ?

-Je vous assure avoir entendu bouger dans ces sombres broussailles ! Répliqua sévèrement une autre voix tout aussi étrange mais graveleuse et espiègle. Je mettrais ma main au feu que…

-Pourquoi dans ce cas ne pas aller l’éprouver par vous-même ? Allez-y si le courage vous en dit quelque chose…

-C’est cela, oui ! Pour qu’une biche surgisse du buisson et m’emporte à des lieux comme la dernière fois, vous vous tordriez de rire une nouvelle fois !

-Que vous êtes grincheux et comme vous ne supportez pas la raillerie mon pauvre ! Cette biche n’avait aucune mauvaise intention, et je jure de me trouver derrière vous et de ne point me railler s’il s’agit à nouveau de l’un de ces animaux qui vous veut tant de mal !

-C’est cela, c’est cela…Grommela la grosse voix."

Des bruits de pas se rapprochèrent alors du buisson de Marine qui venait de comprendre qu’elle était repérée. Pétrifia, elle put peine faire un mouvement de recul avant qu’un étrange personnage surgisse. Stupéfaite, elle regarda le petit homme qui avait passé sa tête au travers des broussailles et qui la regardait avec autant d’ébahissement, mais celui-ci semblait davantage exaspéré. La jeune fille regardait avec une curiosité qui devint bientôt dégoût le petit tout homme qui ne mesurait pas plus d’un mètre de hauteur, son visage ingrat et poilu était couvert d’un vieux bonnet de tissu déchiré de toutes parts et son air acariâtre cachait ses yeux sombres sous les plis de sa peau. Du bout de son bras velu il tenait la fameuse flûte taillée à même de l’écorce vive. Derrière sa hargne, une certaine crainte semblait cependant retenir son envie d’exploser au visage effrayé de Marine. Le nain ouvrit alors un œil hideux dont la couleur tendait entre le vert et le bleu et il s’exclama d’une nouvelle voix qui révéla ses dents pourries et toute la négligence de son personnage :

" -Par la barbe de l’abbé Michel ! Que vois-je là ?

-Je…Hésita l’adolescente réellement intriguée par l’apparence du personnage. Je m’appelle Marine, je cherche de l’aide…

-Votre voix me semble en tout cas plus gracieuse que votre nom ! Cracha le nain en s’essuyant son nez écrasé d’un revers du poignet. Quelle idée de nommer ainsi une donzelle ! Un nom que je ne donnerais même pas à un bourrin je te dis !

-S’il vous plait…Répondit Marine peu touchée par les commentaires de l’inconnu. J’implore votre hospitalité, je suis dans le plus grand besoin…

-Dans le besoin ! Répéta le nain scandalisé, de quel royaume es-tu la princesse pour te croire dans le besoin !? Va pourrir !"

Sur ce, le petit être disparut dans les broussailles et alors qu’elle se croyait soulagée de s’être enfin débarrassée d’un si odieux personnage, Marine réalisa l’étrangeté de ce qui se passait. Elle rampa alors sous la voûte des branchages et entreprit de suivre le mystérieux nain dont elle entendait de retour la voix discutant avec la belle voix d’une femme qui aurait certainement plus d’empathie à son égard :

" -C’était une de ces pucelles qui n‘ont rien d‘autre dans la tête que la racine de leur tignasse ! Je les ferai bien cuire avec des asperges !

-Que dis-tu Bizu ? Ne l’as-tu pas laissée s’enfuir après la terreur que tu lui as du inspirer !?

-Que si ! Et bien plus d’une fois je l’aurais fait ! Cette gast n’a rien d’autre que son pucelage !

-Oh ! "

Marine se figea sur place. Sur le petit chemin de forêt tracé devant elle, la jeune fille reconnut le nain pauvrement vêtu auquel elle avait été confronté lui tournant le dos, mais à côté de lui se trouvait la créature la plus improbable et la plus intrigante quelle navait jamais rencontrée. Pas plus haute que trois pommes, gracieuse sous les ailes vivement colorées qui la maintenait dans les airs, la petite fée regardait ladolescente avec peine et compassion. Celle-ci ne sut si elle devait se laisser séduire par lenvoûtant visage de la petite nymphe au corps nu ou effrayer par la hargne du petit personnage qui la regardait de travers, jouant avec la dent qui dépassait de sa lèvre. Marine fit en pas en arrière, terriblement impressionnée par la merveilleuse irruption. En la voyant préparer sa fuite de la sorte, la fée tendit la main et sexclama pour appeler la jeune fille :

" -Oh je ten prie ! Sécria-t-elle. Reste !

-Fi ! Cracha aussitôt le nain en disparaissant dans les buissons. Puisquil en est ainsi je men vais !

-Ne fais pas attention à lui sil te plait. Fit la fée en joignant les mains dun air suppliant. Les korrigans nont pas bon dos, tu sais…"

Marine ne répondit pas, elle ne revenait toujours pas de lincroyable spectacle qui se déroulait devant elle. A peine avait-elle pu comprendre ce que lui disait la petite créature ailée tant elle avait été fascinée par linvraisemblable et épouvantée par la nouveauté. Ses jambes refusaient de la porter davantage derrière ou devant elle, alors son menton se mit à trembler convulsivement et elle sentit quelle avait envie de pleurer ; cela en était trop. Soudain, alors que la fée se rapprochait delle pour sasseoir à son épaule, Marine brandit nerveusement la main et sen servit comme dune arme de dissuasion contre la fée. Celle-ci sarrêta aussitôt quelle fut à portée de la tapette et se mit à sourire de façon rassurante à ladolescente avant de lui demander :

" -Et bien ? Tu vas mécraser comme une mouche ? Ne me dis pas que ça te ferait plaisir de te retrouver toute seule avec Bizu ?

-Bizu…Articula enfin la jeune fille égarée sans savoir ce quelle disait, la main toujours exhibée de façon menaçante.

-Oui, le korrigan nest pas très fréquentable ; nécoute pas ce quil dit sinon tu deviendras au moins aussi tordue que lui…

-Attends…Balbutia Marine en secouant la tête de gauche à droite. Quest-ce que je…Qui êtes-vous au juste ?

-Nest-ce pas évident ? Sindigna la fée en mettant les poings aux hanches. Je suis une fée. Tu sais que les fées et les korrigans passent beaucoup de temps ensemble.

-Non…Murmura ladolescente toute confuse en se plaquant les mains sur le crâne. Est-ce que quelquun peut mexpliquer ce quil se passe enfin ? Je ne comprends plus rien…

-En effet, ma jeune amie, tu mas lair bien perdue ! Sexclama la fée en sasseyant enfin sur lépaule.

-Mais…Quest-ce que cest que cette forêt ? Cela fait des années que je vis dans la région et je nen avais jamais entendu parler !

-Oh! Tu ne sais pas…Fit la fée interloquée et un peu gênée. Pourtant les gens qui y arrivent savent généralement ce pourquoi ils sont là…

-Quest-ce que ça veut dire ? Demanda Marine agacée par tant dénigmes."

Mais lorsquelle se retourna pour essayer de saisir la petite créature ailée, celle-ci sétait déjà envolée et léclat de ses ailes disparut derrière les feuillages qui entouraient la jeune fille. Le silence se fit de nouveau complet, et éloignée de tout chemin, Marine neut dautre choix que de sengager au sein des denses sous-bois humides et scintillants pour partir à la recherche des étranges créatures. Sa stupeur était si puissante et sa curiosité si brûlante que la jeune fille en avait oublié la faim qui la faisait souffrir depuis son réveil. La beauté renversante de la fée évanescente lavait fortement intriguée et tandis quelle traversait les buissons et la broussaille chaotiques en écartant de ses mains abîmées les branches qui lui fouettaient le visage, Marine oubliait la conversation quelle avait eue, uniquement obsédée à lidée de retrouver la créature merveilleuse.

Alors quainsi aveuglée elle marchait, la jeune fille ne se rendit pas compte que sous ses pieds ce nétait plus de lherbe qui se dressait sur le sol nu, mais une haute végétation qui lui montait jusquau tibia. La brume se leva alors subitement et lorsque après sêtre arrêtée pour observer les troncs interminables se hisser vers le ciel gris dans lopaque brouillard, elle regardait létrange lande qui baignait les racines des arbres, Marine vit scintiller les pétales de petites fleurs dont la blancheur était rendue argentée par la froideur des bois. Avec de grands yeux stupéfaits, Marine regarda au-dessus delle et vit quelle nétait plus dans les bois mais dans une grande clairière où la cime des arbres clairsemés ne suffisait plus à barrer la lumière du ciel. La nature argentée respirait faiblement au cœur du brouillard, accueillant ladolescente qui semblait avoir enfin retrouvé son chemin.

Toute tremblante, celle-ci avança au travers de la clairière, tenue en respect par les innombrables bouleaux. Soudain, elle sarrêta devant une ombre qui sétait dressée devant elle. La massive silhouette ne bougeant ni ne semblant vivante, Marine sen approcha lentement et saperçut quil sagissait dun rocher dressé au milieu de la clairière, sur sa texture rugueuse et sa pierre claire grimpaient des tâches de lichen. A peine la jeune fille détacha-t-elle son regard et sa main de lénigmatique roche que plusieurs autres qui lui étaient exactement semblables apparurent dans le brouillard. La sombre assemblée des dolmens sétait réunie en cercle autour de Marine, élevée entre les troncs distordus et la sinistre brume. Les ténèbres semblaient être retombées sur la forêt et le silence était devenu très inquiétant lorsque la voix du nain parvint à Marine :

" -Allons jeune pucelle, rebroussez chemin pendant quil en est encore temps, vous savez quil nest pas très prudent de saventurer dans les sombres clairières.

-Bizu le korrigan…Murmura Marine en distinguant bientôt la forme minuscule du lutin assis sur le sommet de lun des dolmens. Pourquoi ne me faites-vous pas le plaisir de continuer à jouer de la flûte ?

-Petite impertinente ! Ronchonna le korrigan en astiquant son précieux instrument. Vous ne savez pas ce quest la musique qui sort de ces trous ! Vous ne savez même pas ce quest le plaisir ni nêtes pas prête à assumer le point auquel vous y aspirez ! Alors ninsinuez pas que mon talent de musicien vous procurerait quelque plaisir, vous êtes bien trop monstrueuse !

-Et vous, vous êtes un bien désagréable personnage ! Affirma Marine en posant vigoureusement ses poings sur les hanches sans remarquer que les branches des arbres au-dessus delle commençaient à se tordre pour essayer de lattraper.

-Pourquoi dites-vous cela ? Demanda sombrement le nain hideux en voûtant lentement le dos. Est-ce mon apparence qui vous effraie subitement ? Ou alors est-ce parce que vous vous êtes égarés et avez perdu la certitude de retrouver votre chemin ?

-Écoutez…Raisonna aussitôt la jeune fille dune voix chevrotante. Tout ce que je veux, cest retrouver mon amie que jai perdue dans cette forêt ! Il ny a quavec elle que je peux retourner au village et après je vous oublierai et ne parlerai de vous à personne si cela vous fait plaisir…

-Vous navez donc pas compris quà défaut de me faire plaisir, cela mindiffère ? Grogna sinistrement le korrigan en empalant la pauvre Marine sur son regard tranchant. Peut-être bien que je lai vu votre amie, mais il nappartient quà moi de vous apporter la confirmation que cest delle quil sagissait…

-Est-ce vrai ? Sexclama Marine en se plaquant les mains sur le cœur. Me direz-vous vers où elle est partie ?

-Certainement, certainement…Marmonna la petite créature en se massant le menton. Mais voyez-vous, votre personnalité qui mest fort désobligeante ma molesté au plus haut point et je ne crois pas avoir quelque envie de vous rendre service.

-Je vous en supplie ! Implora Marine en se rapprochant du dolmen qui se trouvait être bien plus grand quelle dans la brume. Iseult est le dernier de mes espoirs et il mest égal de sortir de cette forêt morte ou vive si cest sans elle !

-Vous voyez bien, vous êtes aussi indifférente à votre vie que moi à vous ; pourquoi vous rendrais-je ce service, cela me semble bien vain…

-Bizu ! Fit la jeune fille en tombant à genoux devant le nain. Indiquez-moi la direction quelle a prise ; je ferai ce que bon vous semblera si vous le souhaitez !"

A ses derniers mots, le korrigan cessa de bouder et une fourbe lumière salluma au fond de ses yeux. Il sourit alors malicieusement et regarda le désespoir de la jeune fille limplorant au pied du rocher, puis lorsquil vit que le regard gorgé de larmes de Marine sétait posé sur lui, Bizu prit un air mauvais et méprisant. Il reprit alors dune voix caverneuse :

" -Tout ?

-Tout. Répondit aussitôt ladolescente dont les mains sétaient jointes de supplication.

-Je dois dire que vous mavez beaucoup dérangé et que vous racheter auprès de moi ne sera pas chose facile, cest pourquoi je vais vous proposer un défi.

-Quel est-il ? Interrogea Marine en sintéressant subitement.

-Voyez la beauté et la blancheur de la fée Gwenn ; comment ne pas être foudroyé damour pour cet être à la grâce et la sagesse infinies ? Comprenez quil me faut la séduire et que pour cela il ny a que la musique !

-Oh, je pense que Gwenn aime beaucoup le son de votre flûte, nest-ce pas ? Remarqua Marine dans lespoir de flatter le korrigan.

-Cela est, en effet, mais cette flûte que jai moi-même taillée ne me semble plus chanter aussi bien que dans ses premiers jours ! Cest pourquoi jai besoin dun nouvel instrument qui aura été taillé par les mains du plus agile artisan de la forêt !

-Voudriez-vous que je fabrique moi-même cet instrument ?

-Sotte ! Si vous étiez cet artisan, jaurais préféré manger Gwenn plutôt que de la séduire avec vos instruments ! Je veux que vous le trouviez et quil vous confie la plus mélodieuse flûte de son atelier puis que vous me la rapportiez en bonne et due forme !

-Alors si je vous rapporte cette flûte, vous me direz où est allée Iseult ?

-Oui, mais à vous entendre, vous avez lair de vous réjouir, ce dont je vais tâcher de vous éloigner, car si vous ne revenez pas, il ne me sera même pas la peine de vous infliger un châtiment…

-Quest-ce que vous voulez dire ? Interrogea Marine soudainement paniquée."

Mais à défaut de répondre, le korrigan dessina sur son visage un grand sourire insultant et fut happé dans le brouillard qui, poussé par le vent, se faisait de plus en plus épais. La jeune fille se précipita aussitôt vers le dolmen pour espérer apprendre encore quelque chose de lénigmatique Bizu, mais lorsquelle se hissa sur le rocher, il ne subsistait du nain que son rire sournois résonnant dans lopaque forêt argentée et le petit instrument de bois grâce auquel il jouait de la musique. Avant de redescendre au pied du rocher, Marine prit entre ses mains la petite flûte et fut surprise de découvrir que celle-ci était taillée sur mesure pour le nain, et si elle avait essayé den tirer quelques notes, ses doigts nauraient pas été suffisamment fins pour obstruer moins de deux trous à la fois.

Avec un air perplexe, la jeune fille enfouit la flûte dans lune des poches de sa robe, et en espérant retrouver là-même Bizu aussi rapidement que possible, elle se dirigea vers la sortie de la clairière. Ses jambes effleurèrent de nouveau les tiges des hautes fougères des bois, brassant le brouillard qui saccumulait sur le sol et avant de disparaître derrière le tronc dun vieux chêne, Marine adressa un dernier regard à lassemblée des dolmens dont lombre se dressait encore au sein de la brume.

La forêt semblait avoir étrangement changé de visage car désormais, peu importait vers où elle marchait, la jeune fille égarée se trouvait toujours errant dans lépais brouillard, traçant un sillon de rosée scintillant dans les fougères, et apercevant à peine le ciel grisâtre au travers de la cime des bouleaux. Définitivement éloignée de la route, elle ne comptait désormais plus sur ses chances de retourner vers le prochain village, si celui-ci avait pu exister dans le monde où elle se trouvait plongée. Après avoir marché durant une quinzaine de minutes dans le brouillard qui sétait fondu dans un cobalt coruscant, Marine arriva par hasard au pied dun promontoire rocheux qui paraissait sélever au-delà du feuillage des plus hauts arbres.

Après avoir longuement caressé la roche humide pour se demander si elle ne serait pas trop glissante pour le poids de son corps, la jeune fille se hissa sur la première plate-forme et en sagrippant à une corniche, elle commença à escalader la barre rocheuse. La pierre était rocheuse et à chaque palier, son pied dérapait et son cœur bondissait à lui rompre les côtes jusquà ce quelle sente ses doigts se cramponner au lierre qui sétait figé. Marine ne regarda pas en contre-bas et sefforça de se hisser toujours vers le ciel au prix de grands efforts. Seule dans le silence de la forêt et le froid de lair, elle plaqua enfin sa main sur le sommet du promontoire en se découvrant surprise de tenir encre debout malgré sa faiblesse qui saccroissait à chaque fois quelle se demandait depuis combien de temps elle ne sétait pas nourrie.

Elle sallongea de tout son long sur le petit plateau inconfortable et contint le frénétique tremblement qui lui dérobait les jambes car si elle ne le sentait pas, sa fatigue devenait insurmontable. Avec un soupir, elle roula sur elle-même et se retrouva étendu sur le ventre, au bord du précipice qui tombait à pic dans un inextricable roncier. De la sorte, elle put errer sur lhorizon troublé et accidenté à la fois, car sur les collines et au creux des vallons qui oscillaient au gré du brouillard se dressaient de gigantesques conifères pointés vers le ciel dont le vermeil déteignait sur les nuages malgré le jour qui demeurait encore à son apogée. Il lui sembla reconnaître sur le versant dune dépression le sillon que dessinait la route en traversant les bois. Marine sétonna alors du long chemin quil lui semblait avoir parcouru et son exténuation nen fut que plus accablante. En regardant au loin la forme quelconque dun indice quant à lendroit quelle devrait rallier, son visage saffaissa bientôt sur le dos de ses mains froides et la jeune fille sendormit de nouveau, épuisée.

Seule sur un chemin encadré de grands arbres nus et dont le plus lointain horizon était une aura de lumière, Iseult marchait avec angoisse mais dun pas certain et plein de fatalité vers les lumineuses limbes. Alors que les contours de sa silhouette commençaient à se troubler dans le souffle du vent, elle sarrêta puis se retourna et elle lembrassa de son grand regard vert et visiblement émue, elle nosa sourire, simplement elle annonça : "Je tattends, si tu veux…"

Marine avait toujours eu horreur dattendre quelquun dautre alors que pendant cette période dimmobilisme imposée par celui qui ne pouvait suivre son rythme, elle perdait le temps, la précieuse essence de son avancée. Alors quelle attendait en tenant à contre-cœur sa main ouverte derrière elle, elle était condamnée à regarder devant elle lhorizon se dérober de façon inexorable. Toutes les étoiles disparaissaient une par une sous la voûte des arbres et bientôt il ne lui en resterait plus une seule si elle restait attendre dêtre rejointe. Jamais elle ne saurait ce quétait chacune des étoiles qui sévanouissait dans les ténèbres, et à chaque fois que cela se passait sous ses yeux puis quelle se retournait pour voir la lenteur désintéressée avec laquelle la personne qui la rejoignait peinait suivre son chemin, son cœur se déchirait un petit peu plus. Une main tendue vers le passé et lautre posée sur sa poitrine, Marine mettait alors un pied devant lautre et à mesure que son désir de courir dans le sens du vent la dévorait, elle sentait avec quelle cruauté elle voulait abandonner lautre.

Elle se retournait enfin et dun sombre regard, elle saluait celui qui lavait ralentie mais qui ne la rejoignait pas puis elle sélevait sur le petit chemin caressé par les longues fougères et reprenait sa marche vers lhorizon, ignorant avec une froideur nouvelle les supplications de celui quelle venait dabandonner. Tous étaient perdus au sein de la forêt, et sil se trouvait quelque part une sortie, cétait uniquement dans le reflet des petits cailloux blancs que le seul égaré avait pensé à disséminer, même si cela ne délimitait en rien un départ ou une arrivée.

Marine ne comprenait pas la réaction dIseult, elle ne se souvenait ni du moment à partir duquel elles avaient décidé de marcher ensemble ni celui où il avait été conclu que lune devrait attendre lautre. Laccord tacite avait été signé à son insu et désormais, elle navait plus dautre choix que de répondre à sa nouvelle amie quelle voulait se faire attendre, bien que jamais sa repentance davoir abandonné tous ces gens derrière elle navait été aussi intense.

Dans la rue le vrombissement perpétuel du boulevard Victor Hugo faisait monter dans l’appartement l’étouffante odeur des gaz, mais la fenêtre restait ouverte car malgré l’arrivée prochaine du printemps, les températures étaient restées élevées. Tout de noir vêtue depuis qu’elle avait reçu le courrier annonçant la mort de son mari sur les champs de Normandie, la tante avait pris la place du père et discutait avec la mère. Marine avait reçu l’interdiction de s’immiscer dans toute conversation ou de s’associer à la douleur de sa tante, cela était une affaire d’adultes. En attendant que le la théière sur le réchaud se mette à siffler, la jeune fille se penchait sur la petite sœur et l’observait attentivement avec de grands yeux pleins de curiosité et d’attention. Annette jouait dans un but visiblement autre que l’amusement avec une poupée de chiffon qui paraissait plus vieille encore qu’elle-même, car les coutures et les yeux vides de la marionnette de tissu suscitaient davantage de sentiment que la moue de la petite fille cherchant désespérément le sens de tout cela.

Marine sourit en se rendant compte du documentaire animalier qu’elle se figurait, sa petite sœur était le primate face à l’absurdité de l’univers et prête à faire face aux grandes questions philosophiques qui la mèneraient vers son statut de femme, mais elle se trouvait démunie des concepts philosophiques et des éclaircissements de l’expérience qui lui permettraient de comprendre pourquoi la poupée se contentait de lui sourire sans jamais ouvrir la lumière de ses yeux. Annette restait stupéfaite de ce paradoxe, inconsciente du drame qui se produirait quelques mois plus tard, car elle allait bientôt retourner à l’école et sa poupée lui sera retirée au profit des chaînes de l’apprentissage scolaire. Ainsi mourrait l’enfant qui se trouvait en chacun des êtres humains.

" Aussi longtemps qu’il y aura des poupées de chiffon, chaque homme de la terre saura ce qu’il n’est pas." Pensa Marine en appuyant son visage sur son poing, s‘amusant désormais à comparer les carreaux des robes des deux petits êtres immanents l‘un à l‘autre. La mère se leva soudainement pour aller chercher le thé et des tasses pour tout le monde. Durant sa brève attente, la tante posa son regard obscur sur Marine et lui sourit. L’adolescente fut gênée car bien qu’elle n’avait pas la moindre idée de la raison d’une telle marque d’affection, elle dut le lui rendre. Ce ne fut qu’en s’efforçant de sourire, ce qu’elle ne savait pas très bien faire qu’elle se rendit compte qu’elle et sa mère étaient schématiquement dans la même situation ; le mari de la tante était mort et le père avait été appelé pour travailler en Westphalie. Le nom de cette lointaine région lui plaisait au plus fantastique point, elle s’imaginait d

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